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vendredi 12 décembre 2008

LES MEMOIRES DE ROGER MOORE: AMICALEMENT VÔTRE (L'ARCHIPEL) [2/2]

Remerciements à François JUSTAMAND, Claude ROUYER et Nathalie ATTARD

[Note: Au regard de la richesse exceptionnelle de la carrière de Roger Moore et de l'intérêt de cet excellent livre, cet article est en deux parties. La première partie est ici: http://thierryattard.blogspot.com/2008/12/les-memoires-de-roger-moore-amicalement.html]

« Après tout il s'agit de mon autobiographie, donc de moi: d'un homme sophistiqué, modeste, doué, modeste, débonnaire, modeste et charmant - au sujet de qui il y a tant à raconter... »

LE CAS DE M. PELHAM

« Quand on me parle de ce film aujourd'hui, je réponds toujours que c'est l'un des seuls où l'on m'ait laissé jouer. » (Roger Moore à propos du film La seconde mort d'Harold Pelham)

En 1968-1969, alors que la série Le Saint (débutée en 1962) s'achève au terme de 118 épisodes, Roger Moore et Robert S. Baker, son associé au sein de Bamore Productions et de Tribune, signent un accord avec la United Artists pour produire des films qui seront distribués par cette compagnie. Le premier est Double Jeu (Crossplot, 1969), réalisé par Alvin Rakoff - le réalisateur de l'épisode du Saint intitulé Le Roi [voir la première partie de cet article, NDA]. Le film hérite de la majeure partie de l'équipe technique de la série, un mois après la fin du tournage de cette dernière.

Le scénario, signé Leigh Vance et John Kruse, familiers des aventures de Simon Templar, fait de Moore un publicitaire qui en engageant un mannequin hongrois se retrouve au coeur d'une vaste conspiration. La distribution est extraordinaire: Alexis Kanner (le Numéro 48 de la série Le Prisonnier), Francis Matthews (Capitaine Scarlet et les Mysterons de Mars, Paul Temple), Veronica Carlson (une des égéries de la Hammer et habituée des séries ITC) et surtout Bernard Lee, le M des James Bond.

Double Jeu, malgré de très bons moments (1), est un échec qui incite la United Artists à ne pas poursuivre son deal avec Baker et Moore. Sans doute le fait que le distributeur ait axé toute sa promotion sur la notoriété du Saint a t'-il contribué à ce résultat. Moore se voit proposer par EMI (ex ABPC), l'adaptation d'une nouvelle d'Anthony Armstrong, The Case of Mr Pelham (déjà adaptée en 1955 pour un épisode de la série Alfred Hitchcock présente). Réalisé par Basil Dearden (le délirant et génial Assassinats en tous genres/The Assasination Bureau) La seconde mort d'Harold Pelham (The Man who haunted himself, 1970) offre à Roger Moore un des plus grands rôles de sa carrière et rappelle combien le talent de l'acteur vaut bien plus que l'éternel personnage de héros séducteur dans lequel il fut cantonné.

POUR LA REINE ET POUR L'ANGLETERRE

« Mon petit Roger, me dit-il d'un air penaud, je crois que j'ai commis un impair. J'ai traité Joan [Collins] de conne. » (Tony Curtis)

Esquissé dans un des derniers épisodes du Saint, le concept d'Amicalement Vôtre (The Persuaders) est vendu en 1970 par Lew Grade, le patron d'ITC, avec Roger Moore comme premier rôle... sans qu'il lui en ait parlé au préalable! « Le pays a besoin d'argent. Pense à la reine » lance à l'acteur l'exubérant magnat avant de le convaincre avec un très gros chèque, mais Moore ne veut pas s'engager pour plusieurs saisons. Tony Curtis est choisi pour jouer à ses côtés dans la série britannique la plus chère jamais produite à l'époque, avec un tournage en 35 mm dans le sud de la France et au Royaume-Uni. A une telle échelle le succès sur le marché US est vital, or si The Persuaders est un succès en Europe (spécialement en France et en Allemagne), le réseau américain ABC diffuse la série aux Etats-Unis face à un Mission Impossible pourtant déclinant mais qui remporte le match des audiences.

Roger Moore devient ensuite pdg de Brut Films, filiale cinéma de Fabergé, mais Harry Saltzman et Albert "Cubby" Broccoli lui font une proposition qu'il ne peut refuser: succèder à Sean Connery (et à George Lazenby) dans le rôle de James Bond. Lew Grade lui fait alors cette prédiction: « tu vas foutre ta carrière en l'air! »... mais Moore endossera sept fois le smoking de l'agent 007 entre 1973 et 1985. Entre les Bond il tourne entre autres deux adaptations de l'oeuvre du romancier Wilbur Smith pour le producteur Michael Klinger (La loi du Milieu) : Gold (1974) et Parole d'Homme (Shout at the Devil, 1976), des perles du cinéma d'action pre-Die Hard comme Les Oies sauvages (The Wild Geese, 1978) ou Les Loups de Haute mer (North Sea Hijack, 1979). Il se parodie avec classe dans L'équipée du Cannonball (The Cannonball Run, 1981) et "remplace" Peter Sellers dans le rôle de Clouseau dans L'héritier de la Panthère rose (2) (Curse of the Pink Panther, 1983).

« Et c'est à moi que l'on reproche de vouloir rendre Bond amusant! » L'interprétation de James Bond par Roger Moore fait l'objet de nombreuses critiques tandis que l'acteur est soucieux d'être un minimum crédible en choisissant de ne pas le jouer à la manière de son plus illustre prédecesseur, Sean Connery (ce qu'il a visiblement du mal à faire dans Vivre et laisser mourir et L'homme au pistolet d'or). Son Bond est plus débonnaire, charmeur et humoristique (à la manière de Dean Martin en Matt Helm, chansonnette en moins), même si L'Espion qui m'aimait (The Spy who loved me, 1977) et surtout Rien que pour vos yeux (For Your Eyes Only, 1981) lui offrent de grands moments dramatiques.

L'ESPION QU'ON AIMAIT

« Au moment où la musique du générique retentit, sur l'ouverture du parachute aux couleurs de l'Union Jack, les spectateurs nous firent une standing ovation comme je n'en avais jamais vu. Je me sentis soudain très fier, et heureux de voir l'énorme sourire sur le visage de Cubby. »

Tout James Bond, si ce n'est tout Roger Moore peut se résumer au travers de la formidable scène d'ouverture de L'Espion qui m'aimait: 007, après un moment passé dans un chalet avec une superbe créature, échappe à des tueurs lors d'une poursuite à ski - qui fait encore référence aujourd'hui - et saute d'une falaise pour s'en tirer avec ce fameux parachute caché dans son dos. Nobody does it better, Moore est la quintessence de cet esprit britannique qui consiste à faire les choses sérieusement sans se prendre au sérieux.

L'homme a su imprégner James Bond de sa modestie et de son propre sens de l'humour. Depuis 007 il a essayé de monter, en tant que producteur une adaptation du roman Taï-Pan de James Clavell et est apparu dans quelques films ou séries où sa simple participation suffit à évoquer immédiatement l'aura des héros qu'il a incarné à la télévision ou au cinéma. Mais un de ses plus beaux rôles demeurera celui d'ambassadeur de l'UNICEF (le Fonds des Nations unies pour l'enfance): Roger Moore met sa notoriété au service de la noble cause de l'enfance depuis 1991, après que l'actrice et femme de coeur Audrey Hepburn l'ait invité à rejoindre cette organisation.

Noble chevalier puis chevalier errant, puis Lord à la télévision, Sir Roger Moore a été anobli par la Reine dans le monde réel. Sa popularité demeure intacte à ce jour comme en témoigne l'accueil qu'il a reçu lors de la tournée promotionnelle de ses mémoires, notamment en France, où il a été célébré par Michel Drucker, animateur qui bien des années auparavant l'avait reçu pour des émissions consacrées à James Bond et dont les fans français se souviennent.

Amicalement Vôtre (My Word is My Bond) est un livre passionnant, drôle et généreux, truffé d'anecdotes humoristiques ou sensibles sur toutes les personnalités que Roger Moore a croisé lors d'une vie et d'une carrière bien remplies: « Si je n'ai rien de sympathique à raconter sur quelqu'un je préfère m'abstenir. Sauf si mon éditeur insiste lourdement! » L'ouvrage est à l'image de son auteur et de ce qu'il a légué à l'écran ou hors écran, et point n'est besoin d'être cinéphile ou téléphile pour l'apprécier. Il suffit simplement de vouloir rencontrer un homme remarquable.

Amicalement Vôtre - Mémoires de Roger Moore (L'Archipel, 22 euros)

(1) Notamment le superbe générique interprété par John Rowles sur des images de Chambers + Partners, la société responsable du générique de la série Département S.

(2) http://thierryattard.blogspot.com/2008/06/pleins-feux-sur-la-panthere-rose.html

samedi 9 août 2008

CE N'EST QU'UN FILM, INGRID (EPISODE 3)

OUVREZ LE CANAL D...

The Fantastic Adventures of Furious D (http://dknowsall.blogspot.com/
)
est un des blogs cinéma favoris de votre taulier accroc au lait Nestlé en tube, avec celui de la grande Nikki Finke, Deadline Hollywood Daily (http://www.deadlinehollywooddaily.com/) - Voir http://thierryattard.blogspot.com/2008/06/ce-nest-quun-film-ingrid-le-bloc-notes.html.

Furious D se définit comme « l'ultime outsider de la Pop Culture » et parodie l'égotisme du monde du cinéma avec des affiches hilarantes. Mais l'intérêt de ce blog réside dans le ton et la manière dont il exprime ses points de vue, en mélangeant une véritable philosophie aiguisée du business cinématographique avec une très bonne dose d'humour.


Morceaux choisis des pensées de Monsieur D:

-
« Vous savez, à Hollywood, la mentalité populaire est que pour récolter une nomination aux Oscar vous devez interpréter une personne handicapée mentale, malade en phase terminale ou les deux. »

- « [...]le principe fondamental du capitalisme est que dans tout deal les deux parties doivent se quitter satisfaites. »

- « C'est le loueur-acheteur moyen, pas le fanboy enragé, qui fait qu'un film est profitable en DVD. »

- « Quand j'étais gosse il y avait une blague sur les films hollywoodiens qui disait que tout était une suite de quelque chose, et jusqu'à un certain point c'était vrai. La philosophie prédominante à Hollywood était que chaque film avait besoin d'une suite, voire plus, et que le troisième devait de préférence être en 3D. »

- « Parce que la majorité des stars de la A-List d'Hollywood ne ferait pas vendre de billet pour le canot de sauvetage d'un navire en train de couler. »

- « Je voudrais voir tout le monde dans le business du cinéma faire de l'argent, être heureux, dans un monde ensoleillé peuplé de licornes, et qu'Alyson Hannigan tourne des scènes de nu. »


TOLDJA! (NIKKI FINKE'S MIX)

Un des gimmicks de Nikki Finke sur son blog est son désormais célèbre « Toldja! » (« J'vous l'avais dit! »), qu'elle utilise lorsqu'une info qu'elle a attribué à ses sources est officiellement confirmée ou lorsqu'une de ses prédictions se concrétise. Récemment, elle m'a laissé me complaire dans un exercice d'auto-indulgence lorsque je lui ai emprunté sans aucun scrupule son « Toldja! » après l'annonce d'un quatrième opus de la franchise Austin Powers.

Un mois auparavant, j'avais écrit sous un de ses posts un commentaire (http://www.deadlinehollywooddaily.com/get-smart-over-love-guru-by-more-than-2-1/) comparant le cours de la carrière du talentueux Mike Myers à celui de la carrière de Peter Sellers, après l'échec de The Love Guru, et je me demandais si (toute proportion gardée) les films d'Austin Powers n'allait pas devenir son équivalent de la série des Pink Panther - ma conclusion étant que je ne serais pas surpris si le tournage d'un nouvel épisode démarrait sous peu...

Celles et ceux qui souhaiteraient se faire une opinion sur ce parallèle liront avec profit l'ouvrage de Philippe Lombard sur les Panthère rose (http://thierryattard.blogspot.com/2008/06/pleins-feux-sur-la-panthere-rose.html).

WEEK-END SANS BERNIE

C'est en lisant les deux blogs cités supra, alors que je venais de terminer le premier Ingrid de mon blog en anglais, que j'ai appris le décès ce 9 août 2008 du comique et acteur américain Bernie Mac (http://www.imdb.com/name/nm0005170/), connu ici pour sa série télé The Bernie Mac Show (2001-2006) et pour son rôle de Jimmy Bosley dans le deuxième Charlie's Angels (2003), ainsi que pour sa participation à Ocean's Eleven et ses suites.

Il souffrait de sarcoïdose, une inflammation qui touche le plus souvent les poumons. Plus d'informations sur cette maladie: http://www.sarcoidose-infos.com/guppy/, ainsi que http://www.stopsarcoidosis.org/index.htm (en Anglais).

samedi 21 juin 2008

CE N'EST QU'UN FILM, INGRID (LE BLOC-NOTES DU TAULIER)

NIKKI S'HABILLE T'-ELLE EN PRADA?

La journaliste américaine Nikki Finke tient depuis 2006 un blog, Deadline Hollywood Daily (http://www.deadlinehollywooddaily.com/), dont elle est propriétaire et qui fut d'abord une rubrique sur le business, la politique et la culture de l'industrie de l'Infotainment dans le LA Weekly.

Ce blog (en anglais) sur Hollywoodland se distingue des publications corporatives par la qualité de ses informations (très souvent exclusives) et de ses impressionnantes sources, par son ton sans concession, son irrévérence - pleine d'humour - à l'égard des studios et de ceux qui les dirigent, ainsi que par la pertinence de ses analyses, voire de ses prévisions. Lors de la récente grève des scénaristes, Deadline Hollywood Daily était même la première source d'informations en temps réel de toute l'industrie.

Notons que Nikki Finke fut correspondante d'Associated Press à Moscou et Londres, qu'elle a travaillé entre autres pour Newsweek, The New York Times, The Washington Post, Vanity Fair et Esquire. Elle a été plusieurs fois récompensée par la profession et son blog est aujourd'hui une force qui compte à Hollywood.

MAX MENACE LE GOUROU

La nouvelle adaptation cinématographique de la série télévisée Max la menace, avec Steve Carell (The Office - version US) dans le rôle qui rendit Don Adams célèbre, est sortie vendredi 20 juin dans 3911 salles aux Etats-Unis (http://www.apple.com/trailers/wb/getsmart/). Ce même week-end sortait The Love Guru, le dernier film de Mike Myers (Austin Powers), de nouveau en chair et en os après sa longue période « shrekienne » (http://www.apple.com/trailers/paramount/theloveguru/).

Et c'est l'agent 86 Maxwell Smart, alias Max La Menace, qui sort vainqueur de ce combat de gaffeurs avec 13, 3 millions de dollars US de recettes vendredi contre 5,3 millions pour le gourou (http://www.deadlinehollywooddaily.com/get-smart-over-love-guru-by-more-than-2-1/).

Il est très étrange, cela dit sans aucune espèce de malice, de constater combien la carrière de l'inventif et doué monsieur Myers semble presque mimer celle du grand Peter Sellers, son devancier dans les rôles à transformation. Avec The Love Guru, on en arrive à se demander sérieusement si les Austin Powers ne seront pas pour lui, toute proportions gardées, l'équivalent des Panthère rose. Il ne serait pas surprenant après ça qu'un nouvel Austin Powers entre en production.

« J'AI DES AILES, J'AI DES AILES, J'AI DES AILES... »

Nikki Finke racontait mercredi 18 juin une histoire absolument incroyable (http://www.deadlinehollywooddaily.com/how-an-argument-about-iron-man-led-to-bob-shayes-stock-short-debacle/): lorsque New Line avait encore en développement le projet Iron Man, Bob Shaye, alors big boss de cette compagnie, avait eu avec Avi Arad, le patron de Marvel Studios, une discussion sur le fait de savoir si le super-héros devait voler ou non! Arad voulait bien sûr rester fidèle à la bande dessinée. L'option de New Line finit par tomber, et Bob Shaye, convaincu que le film ne marcherait pas, fit diminuer sa position sur ses actions Marvel.

Les fans quadragénaires de super-héros se souviennent peut-être d'un téléfilm-pilote de 1977 appelé Exoman, qui fut longtemps pour les lecteurs hexagonaux de comics le seul début de commencement de notion de ce qu'ils pouvaient espérer comme adaptation (non-officielle en l'espèce) d'Iron Man.

Dans l'excellent livre du scénariste-producteur Lee Goldberg Unsold Television Pilots (McFarland, 1990), le romancier et scénariste Martin Caidin explique comment des discussions interminables avec les responsables marketing de Universal quant à la figurine basée sur l'armure du héros contribuèrent à tuer toute série potentielle.

Mais quel aurait été donc le slogan de la version New Line d'Iron Man? « You'll believe a man cannot fly » (« Vous croirez qu'un homme ne peut pas voler »)?

mercredi 4 juin 2008

PLEINS FEUX SUR... LA PANTHERE ROSE

La Panthère Rose, le plus fabuleux diamant du monde, vient une fois encore d’être volé et Philippe Lombard enquête sur l’homme dont le destin n’a cessé en près de quarante ans d’être lié à ce singulier bijou tant convoité : l’inspecteur Jacques Clouseau de la Sûreté, le James Bond du burlesque.

Voyage passionnant et jovial dans l’univers comique de La Panthère Rose, qui fut, avec les aventures de l’agent secret 007, une des premières « franchises » de l’industrie cinématographique. Sur la piste du diamant rose avec l’inspecteur Clouseau, Peter Sellers et Blake Edwards pour le meilleur et pour le rire.

« Attaqué par son valet chinois, détesté par son supérieur, harcelé par la mafia, Clouseau reste au dessus de la mêlée. De Paris à Hong Kong, de Munich à Cortina d’Ampezzo, cet Attila de la maréchaussée va où son devoir l’appelle, détruisant tout sur son passage sans même s’en rendre compte. » (Philippe Lombard, Pleins feux sur... La Panthère Rose, Introduction)

OPERATION VOL

Jacques Clouseau, gloire de la police française au célèbre imperméable, au chapeau et à la moustache si reconnaissables, est entré dans l’Histoire du cinéma grâce à la rencontre entre un réalisateur américain européanophile et un comique anglais tourmenté : Blake Edwards et Peter Sellers. Et pourtant, lorsqu’Edwards prépare à Rome La Panthère Rose (The Pink Panther) fin 1962, c’est David Niven qui est la star désignée de ce film - produit par les frères Mirisch, dans le rôle d’un aristocratique cambrioleur qui veut s’emparer du plus célèbre diamant du monde. Peter Ustinov, lui, doit camper l’inspecteur français acharné à mettre un terme à ses criminelles activités.

Peter Ustinov décide d’abandonner le projet pour consacrer son énergie à un autre cambriolage, celui du musée Topkapi à Istanbul, dans le film Topkapi de Jules Dassin. Des agents américains suggèrent alors à Edwards de choisir Peter Sellers (qui a lui-même abandonné Topkapi !) Sellers ne dispose que de cinq semaines car il doit tourner Dr Folamour pour Stanley Kubrick.

Le nouvel interprète de Clouseau et son réalisateur se découvrent des goûts communs en matière de comédie et sympathisent au point que Blake Edwards le laisse façonner le personnage de Jacques Clouseau à sa guise. Peter Sellers en fait ce maladroit incurable inconscient de son ridicule qui, en dépit d’une présence épisodique dans le film, vole littéralement la vedette à David Niven et aux autres membres de la distribution principale, l’américain Robert Wagner et la française Capucine (remplaçante de Ava Gardner, jugée trop capricieuse par la production).

« Je voulais me perdre dans une sorte de frivolité sophistiquée et, en outre, utiliser un élément dont je ne m’étais servi que de façon très passagère auparavant : le slapstick. Cela en raison du personnage de Clouseau. » (Blake Edwards)

QUAND L’IDIOTE S’EN MÊLE

Tandis que Blake Edwards s’occupe de la post-production de La Panthère Rose, Peter Sellers tourne Dr Folamour puis prépare son projet suivant, une adaptation de L’Idiote, la pièce de théâtre de Marcel Achard. Mais il n’aime ni le scénario ni le réalisateur et demande à Blake Edwards de reprendre le film. Edwards accepte à condition que le personnage de Clouseau, emprisonné à la fin de The Pink Panther - qui n’est même pas encore sorti en salles - soit intégré à l’histoire.

Quand l’inspecteur s’emmêle (A shot in the dark) devient sous l’impulsion des deux hommes un véritable véhicule pour Sellers et son Clouseau, que le comédien paufine avec la bénédiction de Blake Edwards. Le tournage démarre bien mais Edwards constate rapidement combien les problèmes psychologiques du britannique, latents sur La Panthère Rose, peuvent le rendre parfois ingérable.

« Ils disaient ça à chacun de leurs films. Je ne bosserai jamais plus avec ce salaud ! » (Burt Kwouk, interprète de Cato)

Malgré ce handicap le tandem de chocs réussit à travailler en équipe sans que A shot in the dark n’en pâtisse et Blake Edwards se régale même à introduire des éléments et des personnages qui reviendront par la suite : l’inspecteur-chef Dreyfus (Herbert Lom) avec son tic nerveux et sa haine pathologique de Clouseau ou Cato, le majordome de Clouseau, sommé par celui-ci de l’attaquer n’importe où et à tout moment.

Le film terminé, Peter Sellers va tourner à Hollywood Embrasse-moi idiot sous la direction de Billy Wilder mais une crise cardiaque suivie de huit autres ne lui laissent pas le temps d’user les nerfs de ce grand réalisateur. Il en réchappe mais doit quitter le film pour se reposer en Angleterre.

La Panthère Rose sort en mars 1964 aux Etats-Unis et Clouseau revient sur les écrans avec Quand l’inspecteur s’emmêle trois mois plus tard. Les deux films sont d’énormes succès au box office, Peter Sellers et Blake Edwards sont sacrés rois de la comédie, les thèmes composés par Henry Mancini le consacrent comme magicien de la musique de film, et la Panthère Rose du générique animé du premier film devient la vedette d’une série de courts métrages d’animation pour le cinéma.

LA REVANCHE DE LA PANTHERE ROSE

Les carrières de Blake Edwards et de Peter Sellers ne profiteront que peu de temps de l’impact des deux films et c’est autant par nécessité que par envie que les deux hommes se retrouvent sur La Party (1967). Le film, dont les qualités ne seront reconnues que bien des années après sa sortie, marche modérément et quand la Mirisch leur propose de tourner un nouvel opus des pitreries de l’inspecteur Clouseau ils refusent tout net : Inspector Clouseau sera réalisé en 1968 par Bud Yorkin avec Alan Arkin dans le rôle de l’inspecteur et ne sera même pas distribué dans les salles françaises.

La panthère prend sa revanche en 1975. Sellers, après un énième passage à vide, convainc Blake Edwards de tourner un nouveau Pink Panther avec lui. Ils proposent Le Retour de la Panthère Rose à Lew Grade, le patron de la célèbre compagnie ITC (à l’origine de séries comme Le Saint, Le Prisonnier ou Amicalement vôtre). Grade, qui avait finançé le film précédent de Blake Edwards (Top Secret), accepte de ressusciter le concept mais plutôt pour une série télévisée et le duo feint d’accepter de lancer une série éventuelle avec ce film qui serait une espèce de pilote de luxe.

« Très bien, allons-y, voyons si on peut en faire un autre » (Blake Edwards)

Le retour gagnant de la Panthère Rose n’engendrera pas de série télé mais bel et bien un autre film, Quand la Panthère Rose s’emmêle (1976), dont le délire bondien transposé à l’univers Clouseau en fera la plus réussie des aventures de ce cher inspecteur. Le film suivant, La malédiction de la Panthère Rose (1978) sera également un grand succès mais des signes d’essoufflement apparaissent parallèlement aux sautes d’humeur de Peter Sellers et à ses problèmes de santé.

A LA POURSUITE DE LA PANTHERE ROSE

Peter Sellers prouve à lui-même et à ceux qui en doutaient encore qu’il est un grand acteur avec Bienvenue Mister Chance (1979) et marche sur l’eau du lac qui mène au paradis le 24 juillet 1980. Deux ans après Blake Edwards met en chantier simultanément deux autres Pink Panther sans le créateur du rôle de Clouseau : A la recherche de la Panthère Rose, réalisé en partie avec des scènes coupées de Quand la Panthère rose s’emmêle, et L’Héritier de la Panthère Rose, avec Ted Wass dans le rôle du successeur de l’inspecteur Clouseau. Clouseau apparaît à la fin de cet Héritier illégitime sous les traits de... Roger Moore, star de l’autre grande franchise des années soixante-dix : les James Bond.

Blake Edwards aura bien des occasions par la suite de démontrer que le talent et le succès ne l’ont pas quittés mais, comme hanté par le spectre de Peter Sellers, il se sentira obligé de revenir vers La Panthère Rose avec Le fils de la Panthère Rose (1992) et un Roberto Benigni pas encore célèbre dans le rôle du fils de Jacques Clouseau.

Philippe Lombard nous offre avec le livre Pleins feux sur... La Panthère Rose une splendide et merveilleuse occasion de redécouvrir ou de découvrir l’univers délirant de l’inspecteur Clouseau sous tous ces aspects, dans un esprit proche et respectueux de ce précurseur du lieutenant Frank Drebin incarné par Leslie Nielsen ou des personnages de Rowan Atkinson.

La genèse et l’histoire de la série, la vie des protagonistes de cette grande aventure cinématographique dont les coulisses furent aussi farfelues et extraordinaires que les films, la musique, les dessins animés, les films eux-mêmes (du premier jusqu’à la version 2005 et les lieux où elle a été tournée à Paris), leur doublage... tout y est dans cet ouvrage indispensable et sans égal sur La Panthère Rose. Jusqu’à la liste des livres, CD, DVD, des sites internet et des fiches techniques et artistiques en annexe.

Pleins feux sur... La Panthère Rose est le compagnon indispensable et idéal du coffret DVD zone 2 de MGM Home Entertainment regroupant La Panthère Rose et quatre autres films de la série. Un prolongement agréable au génie comique de Blake Edwards et à celui de Peter Sellers. La 11ème aventure de l’inspecteur Clouseau en somme.

vendredi 23 mai 2008

HISTOIRES DE TOURNAGES CHEZ DEVILDEAD

L'excellent blog de Philippe Lombard, journaliste de cinéma, cinéphile, spécialiste émérite du cinéma de genre et auteur de divers livres (dont un ouvrage de référence sur La Panthère Rose), devient pour notre plus grand plaisir un mini-site hébergé par devildead.com (http://www.devildead.com/).

Au menu, le contenu de son ancien blog et des nouveautés (http://histoiresdetournages.devildead.com/).

mercredi 23 avril 2008

HISTOIRES DE TOURNAGES

Journaliste de cinéma, cinéphile et spécialiste émérite du cinéma de genre, Philippe Lombard est l'auteur de divers livres, tel un excellent ouvrage sur La Panthère Rose.

Il a désormais un blog, Histoires de tournages. On trouve sur ce blog de référence ses articles publiés autrefois en presse, édition ou DVD, ainsi que des textes inédits.

« Cinéphile et journaliste, j’associe les deux depuis déjà longtemps et mon grand plaisir est de raconter les coulisses de films célèbres. Ici point d’« analyse filmique » donc, mais simplement des histoires ». Zorro (version Delon), OSS 117, On l'appelle Trinita ou Le Professionnel sont quelques uns des films évoqués par Philippe Lombard avec le talent, la culture et la passion qui le caractérisent depuis longtemps.