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jeudi 25 juin 2009

CALLING ELVIS

Deux articles intéressants sur les sites de The Daily Mail et de The Daily Telegraph, et non il ne s'agit pas d'un nouvel épisode de la délectable saga des notes de frais - qui ferait passer la trilogie Château de cartes pour une histoire de Oui-Oui. Gerry Anderson, 80 ans, co-créateur de la série de marionnettes Les Sentinelles de l'Air (Thunderbirds, 1965-1966) est très désireux de faire un remake de ce classique mais n'arrive pas à convaincre Michael Grade, président d'ITV - propriétaire de la série via ITV Global Entertainment (1), de le laisser acquérir les droits du programme(http://www.telegraph.co.uk/culture/tvandradio/5617959/Thunderbirds-remake-hits-buffers-over-rights-wrangle.html).

Bien sûr, le Thunderbirds original racontait les aventures d'une organisation appelée Sécurité Internationale (International Rescue), créée par l'ex-astronaute Jeff Tracy pour aider les personnes en grave danger grâce à une technologie avancée et de spectaculaires véhicules futuristes appelés Thunderbirds. Les machines étaient pilotées par les fils de Tracy et IR était souvent assistée de la très aristocratique agent secret britannique Lady Penelope Creighton-Ward et son fidèle majordome Parker. Parker était également le chauffeur de la voiture de Lady Penelope, une Rolls Royce à six roues ultra-gadgétisée.

Les 32 épisode de 50 minutes (ou 64 de 25 minutes) de Thunderbirds étaient produits par AP Films, la compagnie de Gerry Anderson, pour ATV et distribués par ITC Entertainment, la compagnie de Lew Grade. Au sommet de sa popularité, Les Sentinelles de l'Air donna naissance à deux films distribués par United Artists (à l'époque distributeur de la franchise 007). Référencé, parodié, ou imité un nombre incalculable de fois, Thunderbirds est plus qu'un classique, c'est une part du patrimoine culturel britannique, à l'instar de nombreuses séries de Gerry Anderson. Malheureusement, Anderson a vendu les droits qu'il avait sur ses titres il y a fort longtemps à une époque où la VHS commerciale ou les DVD étaient au-delà de toute imagination.

« Je ne demande pas à Grade de financer - Je peux faire ça » dit Gerry Anderson au Daily Mail (http://www.dailymail.co.uk/news/article-1195057/Thunderbirds-NOT-ITV-reject-relaunch-plan.html). « Il dit tout le temps qu'ITV est dans un triste état faute de suffisamment de publicité - mais Thunderbirds attirerait une masse considérable d'annonceurs, et serait le rival parfait de Doctor Who, qui passe sur la BBC ». Anderson estime à 15 millions de livres sterling le prix d'une nouvelle série, réalisée en images de synthèse.

Depuis l'annulation de Cosmos 1999 (Space: 1999, 1975-1977), il a réussi plusieurs fois à trouver des finacements pour ses divers projets grâce à différents partenariats qui ont mené à des séries comme Terrahawks (1983), l'excellent mais ignoré Space Precinct (1994-1995) ou Gerry Anderson's New Captain Scarlet (2005) un très bon revival en images de synthèse de son cultissime Captain Scarlet and The Mysterons (1967), malheureusement maltraité par ITV.

Gerry Anderson déclare qu'ITV cherche à faire un remake de Thunderbirds mais sans lui. En fait un remake cinématographique d' Alerte dans l'espace (UFO), une autre production d'Anderson, a été annoncé à Cannes par le magnat d'Hollywood Robert Evans (http://tattard2.blogspot.com/2009/05/alien-stays-in-picture.html), donc il n'est pas déraisonnable de croire qu'ITV Global Entertainment cherche le meilleur moyen de créér un nouvel intérêt autour des autres "marques" de l'époque Anderson/ITC. Mais l'échec du film live des Thunderbirds (dans lequel Gerry Anderson n'était pas impliqué), avec son traitement à la Spy Kids, exclut un nouveau projet cinéma.

L'état actuel de la télévision britannique pèse sur la perspective d'une nouvelle version des Sentinelles de l'Air, particulièrement après l'annulation du très couteux Primeval (http://thierryattard.blogspot.com/2009/06/primeval-sous-la-terre-des-geants.html). Le renouvèlement de Lewis pour une quatrième saison(http://thierryattard.blogspot.com/2009/06/gardons-foi-en-itv.html) est le signe clair qu'ITV souhaite se recentrer sur des fictions moins nombreuses mais de meilleure qualité. Et pas sur des franchises couteuses se mesurant à Doctor Who et pour lesquelles le réseau devrait partager les retours financiers avec d'autres partenaires.

Mais hors considérations économiques, Gerry Anderson mérite son revival de Thunderbirds....

P.S.: Notre ami François Justamand, rédacteur en chef du site La Gazette du doublage (http://www.objectif-cinema.com/rubrique.php3?id_rubrique=0168) prépare un article sur le doublage de Thunderbirds qui promet d'être intéressant. Nous vous en reparlerons.

(1) http://www.int.granadamedia.com/sf/asp/content/content.asp?parent_id=1§ion_id=15

vendredi 12 décembre 2008

LES MEMOIRES DE ROGER MOORE: AMICALEMENT VÔTRE (L'ARCHIPEL) [2/2]

Remerciements à François JUSTAMAND, Claude ROUYER et Nathalie ATTARD

[Note: Au regard de la richesse exceptionnelle de la carrière de Roger Moore et de l'intérêt de cet excellent livre, cet article est en deux parties. La première partie est ici: http://thierryattard.blogspot.com/2008/12/les-memoires-de-roger-moore-amicalement.html]

« Après tout il s'agit de mon autobiographie, donc de moi: d'un homme sophistiqué, modeste, doué, modeste, débonnaire, modeste et charmant - au sujet de qui il y a tant à raconter... »

LE CAS DE M. PELHAM

« Quand on me parle de ce film aujourd'hui, je réponds toujours que c'est l'un des seuls où l'on m'ait laissé jouer. » (Roger Moore à propos du film La seconde mort d'Harold Pelham)

En 1968-1969, alors que la série Le Saint (débutée en 1962) s'achève au terme de 118 épisodes, Roger Moore et Robert S. Baker, son associé au sein de Bamore Productions et de Tribune, signent un accord avec la United Artists pour produire des films qui seront distribués par cette compagnie. Le premier est Double Jeu (Crossplot, 1969), réalisé par Alvin Rakoff - le réalisateur de l'épisode du Saint intitulé Le Roi [voir la première partie de cet article, NDA]. Le film hérite de la majeure partie de l'équipe technique de la série, un mois après la fin du tournage de cette dernière.

Le scénario, signé Leigh Vance et John Kruse, familiers des aventures de Simon Templar, fait de Moore un publicitaire qui en engageant un mannequin hongrois se retrouve au coeur d'une vaste conspiration. La distribution est extraordinaire: Alexis Kanner (le Numéro 48 de la série Le Prisonnier), Francis Matthews (Capitaine Scarlet et les Mysterons de Mars, Paul Temple), Veronica Carlson (une des égéries de la Hammer et habituée des séries ITC) et surtout Bernard Lee, le M des James Bond.

Double Jeu, malgré de très bons moments (1), est un échec qui incite la United Artists à ne pas poursuivre son deal avec Baker et Moore. Sans doute le fait que le distributeur ait axé toute sa promotion sur la notoriété du Saint a t'-il contribué à ce résultat. Moore se voit proposer par EMI (ex ABPC), l'adaptation d'une nouvelle d'Anthony Armstrong, The Case of Mr Pelham (déjà adaptée en 1955 pour un épisode de la série Alfred Hitchcock présente). Réalisé par Basil Dearden (le délirant et génial Assassinats en tous genres/The Assasination Bureau) La seconde mort d'Harold Pelham (The Man who haunted himself, 1970) offre à Roger Moore un des plus grands rôles de sa carrière et rappelle combien le talent de l'acteur vaut bien plus que l'éternel personnage de héros séducteur dans lequel il fut cantonné.

POUR LA REINE ET POUR L'ANGLETERRE

« Mon petit Roger, me dit-il d'un air penaud, je crois que j'ai commis un impair. J'ai traité Joan [Collins] de conne. » (Tony Curtis)

Esquissé dans un des derniers épisodes du Saint, le concept d'Amicalement Vôtre (The Persuaders) est vendu en 1970 par Lew Grade, le patron d'ITC, avec Roger Moore comme premier rôle... sans qu'il lui en ait parlé au préalable! « Le pays a besoin d'argent. Pense à la reine » lance à l'acteur l'exubérant magnat avant de le convaincre avec un très gros chèque, mais Moore ne veut pas s'engager pour plusieurs saisons. Tony Curtis est choisi pour jouer à ses côtés dans la série britannique la plus chère jamais produite à l'époque, avec un tournage en 35 mm dans le sud de la France et au Royaume-Uni. A une telle échelle le succès sur le marché US est vital, or si The Persuaders est un succès en Europe (spécialement en France et en Allemagne), le réseau américain ABC diffuse la série aux Etats-Unis face à un Mission Impossible pourtant déclinant mais qui remporte le match des audiences.

Roger Moore devient ensuite pdg de Brut Films, filiale cinéma de Fabergé, mais Harry Saltzman et Albert "Cubby" Broccoli lui font une proposition qu'il ne peut refuser: succèder à Sean Connery (et à George Lazenby) dans le rôle de James Bond. Lew Grade lui fait alors cette prédiction: « tu vas foutre ta carrière en l'air! »... mais Moore endossera sept fois le smoking de l'agent 007 entre 1973 et 1985. Entre les Bond il tourne entre autres deux adaptations de l'oeuvre du romancier Wilbur Smith pour le producteur Michael Klinger (La loi du Milieu) : Gold (1974) et Parole d'Homme (Shout at the Devil, 1976), des perles du cinéma d'action pre-Die Hard comme Les Oies sauvages (The Wild Geese, 1978) ou Les Loups de Haute mer (North Sea Hijack, 1979). Il se parodie avec classe dans L'équipée du Cannonball (The Cannonball Run, 1981) et "remplace" Peter Sellers dans le rôle de Clouseau dans L'héritier de la Panthère rose (2) (Curse of the Pink Panther, 1983).

« Et c'est à moi que l'on reproche de vouloir rendre Bond amusant! » L'interprétation de James Bond par Roger Moore fait l'objet de nombreuses critiques tandis que l'acteur est soucieux d'être un minimum crédible en choisissant de ne pas le jouer à la manière de son plus illustre prédecesseur, Sean Connery (ce qu'il a visiblement du mal à faire dans Vivre et laisser mourir et L'homme au pistolet d'or). Son Bond est plus débonnaire, charmeur et humoristique (à la manière de Dean Martin en Matt Helm, chansonnette en moins), même si L'Espion qui m'aimait (The Spy who loved me, 1977) et surtout Rien que pour vos yeux (For Your Eyes Only, 1981) lui offrent de grands moments dramatiques.

L'ESPION QU'ON AIMAIT

« Au moment où la musique du générique retentit, sur l'ouverture du parachute aux couleurs de l'Union Jack, les spectateurs nous firent une standing ovation comme je n'en avais jamais vu. Je me sentis soudain très fier, et heureux de voir l'énorme sourire sur le visage de Cubby. »

Tout James Bond, si ce n'est tout Roger Moore peut se résumer au travers de la formidable scène d'ouverture de L'Espion qui m'aimait: 007, après un moment passé dans un chalet avec une superbe créature, échappe à des tueurs lors d'une poursuite à ski - qui fait encore référence aujourd'hui - et saute d'une falaise pour s'en tirer avec ce fameux parachute caché dans son dos. Nobody does it better, Moore est la quintessence de cet esprit britannique qui consiste à faire les choses sérieusement sans se prendre au sérieux.

L'homme a su imprégner James Bond de sa modestie et de son propre sens de l'humour. Depuis 007 il a essayé de monter, en tant que producteur une adaptation du roman Taï-Pan de James Clavell et est apparu dans quelques films ou séries où sa simple participation suffit à évoquer immédiatement l'aura des héros qu'il a incarné à la télévision ou au cinéma. Mais un de ses plus beaux rôles demeurera celui d'ambassadeur de l'UNICEF (le Fonds des Nations unies pour l'enfance): Roger Moore met sa notoriété au service de la noble cause de l'enfance depuis 1991, après que l'actrice et femme de coeur Audrey Hepburn l'ait invité à rejoindre cette organisation.

Noble chevalier puis chevalier errant, puis Lord à la télévision, Sir Roger Moore a été anobli par la Reine dans le monde réel. Sa popularité demeure intacte à ce jour comme en témoigne l'accueil qu'il a reçu lors de la tournée promotionnelle de ses mémoires, notamment en France, où il a été célébré par Michel Drucker, animateur qui bien des années auparavant l'avait reçu pour des émissions consacrées à James Bond et dont les fans français se souviennent.

Amicalement Vôtre (My Word is My Bond) est un livre passionnant, drôle et généreux, truffé d'anecdotes humoristiques ou sensibles sur toutes les personnalités que Roger Moore a croisé lors d'une vie et d'une carrière bien remplies: « Si je n'ai rien de sympathique à raconter sur quelqu'un je préfère m'abstenir. Sauf si mon éditeur insiste lourdement! » L'ouvrage est à l'image de son auteur et de ce qu'il a légué à l'écran ou hors écran, et point n'est besoin d'être cinéphile ou téléphile pour l'apprécier. Il suffit simplement de vouloir rencontrer un homme remarquable.

Amicalement Vôtre - Mémoires de Roger Moore (L'Archipel, 22 euros)

(1) Notamment le superbe générique interprété par John Rowles sur des images de Chambers + Partners, la société responsable du générique de la série Département S.

(2) http://thierryattard.blogspot.com/2008/06/pleins-feux-sur-la-panthere-rose.html

vendredi 5 décembre 2008

LES MEMOIRES DE ROGER MOORE: AMICALEMENT VÔTRE (L'ARCHIPEL) [1/2]

Remerciements à François JUSTAMAND et Claude ROUYER

[Note: Au regard de la richesse exceptionnelle de la carrière de Roger Moore et de l'intérêt de cet excellent livre, cet article est en deux parties]

« Après tout il s'agit de mon autobiographie, donc de moi: d'un homme sophistiqué, modeste, doué, modeste, débonnaire, modeste et charmant - au sujet de qui il y a tant à raconter... »

S'il y a un homme qui personnifie la télévision et le cinéma populaire de ces cinquante dernières années, c'est bien Roger Moore. L'acteur britannique fut à la télévision Ivanhoé, mais aussi le fameux Simon Templar (dit Le Saint) ainsi que Lord Brett Sinclair, ce qui aurait pu suffire a faire de lui un monument. Mais il fut également au cinéma James Bond dans sept films qui ont largement contribué à inscrire l'agent 007 dans le patrimoine culturel du monde occidental.

Autant dire que les mémoires de cette incarnation définitive du gentleman-héros séducteur, intitulées en Anglais My Word is My Bond (Amicalement Vôtre, publié aux Editions L'Archipel), étaient attendues à plus d'un titre et raviront autant les téléphiles ou cinéphiles, que celles et ceux qui sont toujours enchantés de revoir cet humaniste, distingué, sans la moindre once de prétention, et plein d'humour, qui se prétend paresseux et confesse son hypocondrie (« la maladie est un thème récurrent chez moi...»)

THE KID STAYS IN THE PICTURE

« Maman! Maman! Je vais être Stewart Granger! »

Roger Moore est né le 14 octobre 1927 à Stockwell, au sud de Londres, d'un père policier et d'une mère caissière (« Dès leur première tentative mes parents avaient atteint la perfection »). Doué pour le dessin, il débute adolescent sa vie professionnelle en 1943 comme animateur stagiaire chez Publicity Picture Production (PPP) en plein deuxième conflit mondial. Au gré de ses fonctions il croise au service cinématographique des armées le lieutenant-colonel David Niven, qui deviendra beaucoup plus tard un ami. En 1945, figurant sur César et Cléopatre (Caesar and Cleopatra), il est remarqué par le premier assistant réalisateur du film, l'irlandais Brian Desmond Hurst, qui l'envoie se former à la prestigieuse Royal Academy of Dramatic Art (RADA).

Il connaît le chômage après sa période militaire et obtient des petits rôles au théâtre, devient ami avec Christopher Lee et fait un peu de télévision pour la BBC, à Alexandra Palace. Après quelques vicissitudes d'acteur débutant, il est pris sous contrat à Hollywood, par la Metro-Goldwyn-Mayer. Il y rencontre quelques unes des grandes vedettes de l'époque, dont George Sanders - premier interprète du Saint, le héros des romans de Leslie Charteris, dans plusieurs films (et qui se suicidera en 1972, comme il en avait confié l'intention à David Niven en 1937).

En 1956, Roger Moore endosse pour la première fois l'armure de la légende télévisuelle en devenant Ivanhoé dans la série éponyme en noir et blanc, dont le pilote fut tourné en couleur. Un de ses partenaires, Robert Brown, jouera plus tard son supérieur, M, dans ses deux derniers James Bond. Lorsque la série se termine, le père de Moore lui suggère de prendre les droits de The Toff, personnage des romans de John Creasey (créateur du Baron sous le nom d'Anthony Morton) ou du Saint de Charteris. Cela ne se fait pas mais l'acteur n'en a pas fini pour autant avec Simon Templar...

LEGEND OF THE WEST

« Comme disait mon vieux papa... » (Bret Maverick, entre autres)

1958, Roger Moore signe avec Warner Brothers un contrat de sept ans et tourne le film Quand la terre brule (The Miracle), mais "la" Warner est en train de s'imposer sur le marché de la télévision avec une véritable "usine à séries" employant des acteurs maison. Sa série Cheyenne (1955-1962), avec Clint Walker fait un carton et inaugure une longue lignée de westerns hebdomadaires à la télévision américaine. Warner Brothers lance plusieurs séries à succès dont 77 Sunset Strip (1958-1964), Les yeux d'Hawaï/Intrigues à Hawaï (Hawaiian Eye, 1959-1963, avec Robert Conrad), Surfside 6 (1960-1962) et surtout l'excellente série western Maverick (1957-1962).

Tous ces titres ont la particularité de se partager les mêmes studios, les mêmes compositeurs, les mêmes réalisateurs, parfois les mêmes scénarii (voire des répliques entières!) et bien entendu les acteurs tournant sur une série sont invités à passer allègrement sur une autre et inversement (ce qui donne parfois lieu aux premiers cross-overs de l'Histoire de la Télévision). Moore, dont le contrat stipule qu'il pourrait "peut-être" faire de la télé, se voit proposer d'apparaître dans un épisode de Maverick en tant que John Vandergelt, face à Bret Maverick (« légende de l'Ouest », comme l'affirme le générique), le (anti)héros interprété par James Garner.

Warner fait ensuite de Roger Moore la vedette de The Alaskans (1959-1969), avant de le reprendre dans Maverick en tant que Beau Maverick, le cousin de Bret et Bart (Jack Kelly), longtemps expatrié en Angleterre. L'idée est en fait de remplacer le très populaire Garner, à couteaux tirés avec le studio. Moore se joint à lui et à Clint Walker pour revendiquer de meilleurs conditions de travail (« Nous rencontrâmes Ronald Reagan, alors directeur de la Screen Actors Guild, mais ce dernier, en dépit de nos arguments, ne nous prêta qu'une oreille polie »). En réaction à cette démarche, Warner Brothers installe une pointeuse dans la salle de maquillage!

LE FAMEUX SIMON TEMPLAR

« Tous mes programmes sont excellents. Il y en a de mauvais, mais ils sont tous excellents. » (Lew Grade)

A la fin de son contrat, en 1961, Roger Moore retourne en Europe et tourne à Rome L'enlèvement des Sabines sous la direction de Richard Pottier (« Je me demande encore si un Anglo-Saxon blond aux yeux bleus était le choix le plus judicieux pour incarner Romulus, élevé par une louve mais puisqu'ils me payaient... ») Les producteurs Robert S. Baker et Monty Berman ont les droits des aventures du Saint et sont associés à Lew Grade, le puissant patron d'ITC (Les Aventures de Robin des bois, L'Homme invisible et Destination Danger), pour en faire une série télévisée. Moore est choisi sans faire d'essai, il s'imagine que la série durera une saison... elle durera sept années et fera de lui une star mondiale: « Ce fut une période très heureuse pendant laquelle je pus jouer un rôle taillé pour mes capacités limitées. »

Roger Moore tourne aux studios d'Associated British Picture Corporation, à Elstree, avec de nombreux acteurs invités dont certains deviendront des vedettes, comme Oliver Reed, le neveu du réalisateur Carol Reed. Il réalisera même des épisodes de la série, aidé en cela par la carte de membre de l'ACTT (1), le syndicat des techniciens, auquel il s'était inscrit en entrant chez PPP. Après 71 épisodes en noir et blanc et alors que la série est enfin vendue à un réseau de télévision américain, à savoir NBC - Le Saint était jusqu'alors diffusé là-bas sur les chaînes de Syndication, Lew Grade propose à Moore de poursuivre l'aventure en couleur mais l'acteur, comme Bob Baker en fait (il l'apprendra après), ne souhaite plus travailler avec Monty Berman.

Bob Baker se sépare à l'amiable de Monty Berman après lui avoir proposé de produire, à la place du Saint, une série d'après des romans du très prolifique John Creasey - auteur que Baker et lui avaient déjà adapté en 1965, avec Gideon's Way: Alias Le Baron (The Baron, 1966-1967). Berman fait de John Mannering, alias... Le Baron (interprété par l'Américain Steve Forrest), une copie conforme de Simon Templar. Il s'associera plus tard au scénariste Dennis Spooner pour produire des séries ITC comme Les Champions, Département S et sa suite Le Mystérieux Jason King (avec le grand Peter Wyngarde), Mon ami le Fantôme et L'Aventurier. Fin 1968 et au terme de 118 épisodes, Roger Moore et Bob Baker - partenaires au sein de la Bamore Productions - estiment avoir épuisé les aventures exotiques de Templar mais se livrent à un intéressant exercice de style avec l'épisode Le Roi (The Ex-King of Diamond). Le Saint y fait équipe avec Rod Huston, un milliardaire texan interprété par Stuart Damon (ex-Les Champions) dans une histoire qui servira de "brouillon" à la série Amicalement Vôtre...

(Fin de la première partie mais Roger Moore reviendra)

Amicalement Vôtre - Mémoires de Roger Moore (L'Archipel, 22 euros)

(1) Association of Cinema Technicians. Voir http://www.transdiffusion.org/emc/insidetv/history/union.php

Deuxième partie: http://thierryattard.blogspot.com/2008/12/les-memoires-de-roger-moore-amicalement_12.html

samedi 30 août 2008

CE N'EST QU'UN FILM, INGRID (EPISODE 4)

Où Emma, euh... Ingrid voit vert et lit que Life on Mars ne serait pas le seul joyau britannique à partir aux Etats-Unis, se rappelant les paroles immortelles de Sir Alan Parker: « Au fond c'est quoi l'industrie britannique du cinéma? Juste une poignée de gens à Londres qui ne peuvent pas obtenir de Carte Verte » (Will Write and Direct for Food, Page 85 - Cf. http://thierryattard.blogspot.com/2008/05/le-ralisateur-et-scnariste-alan-parker.html)

PAS FACILE... DE VOIR DU VERT

« ... and I've seen it before.. and I'll see it again... yes I've seen it before... just little bits of history repeating » chantait Dame Shirley Bassey (bénissons son nom jusqu'à la fin des temps et même au-delà). Presque en écho à notre post précédent sur les nouveaux singes aux vieilles grimaces, voici maintenant la nouvelle grenouille aux nouveaux tours, tandis que Disney annonce un nouveau film mettant en vedette les enfants chéris de Jim Henson: Kermit la Grenouille et Les Muppets (http://www.telegraph.co.uk/news/newstopics/howaboutthat/2636106/Muppet-Show-to-return-to-TV-after-27-years.html).

Ce n'est bien sûr pas le premier film des Muppets, mais celui-là sera écrit par Jason Segel, scénariste et acteur principal de la comédie Sans Sarah, rien ne va (Forgetting Sarah Marshall, 2008), et s'il fonctionne au Box-Office, il pourrait mener au retour du Muppet Show à la television avec Segel aux commandes. Ce qui est très amusant c'est que, contrairement à ce qui est écrit partout, ce n'est pas la première tentative de ramener Le Muppet Show (1976-1981) sur le petit écran. Mais tout le monde semble oublier l'éphémère Muppets Tonight, diffusé de 1996 à 1998 sur le réseau ABC.

En 2006 la France eut même droit à sa propre version, par l'animateur-producteur de radio et de télévision Sébastien Cauet pour TF1. La série originale, lançée en son temps grâce au soutien de l'extraordinaire baron britannique des media Sir Lew Grade (http://www.televisionheaven.co.uk/lewgrade.htm) et de sa compagnie ITC Entertainment, est très populaire auprès des Français à cause des voix de son premier doublage (http://www.facebook.com/group.php?gid=10309340742&refurl=http%3A%2F%2Fwww.facebook.com%2Fs.php%3Fq%3Dgroupe%2Broger%2Bcarel%26init%3Dq).

Le premier Muppet show était la conjugaison de la folie douce de Jim Henson et de l'esprit généreux de Lord Grade, capturer l'essence de cette magie relève de la mission impossible.

WHAT? WHAT?

D'après plusieurs sites internet, Jane Tranter (http://www.bbc.co.uk/pressoffice/biographies/biogs/controllers/janetranter.shtml), contrôleur responsable de la fiction à la BBC, la femme dont l'influence sur les séries télévisées au Royaume-Uni égale les legs de Verity Lambert et Lew Grade, discuterait de son départ l'année prochaine pour la Mecque de l'industrie mondiale de l'Entertainment: Los Angeles(http://www.hollywoodreporter.com/hr/content_display/news/e3i22e2d720f4d22efde882e4a61e56b79b).

« Comme le confie une source: "Ce n'est guère surprenant, Jane a quelques propositions à considérer. Les gens au sein de la BBC ont été prévenus qu'elle fera une annonce à propos de son avenir à la fin de l'année" » écrit Tara Conlan dans The Guardian (http://www.guardian.co.uk/media/2008/aug/28/janetranter.bbc?gusrc=rss&feed=media). Pour comprendre pourquoi le Royaume attend cette annonce, il suffit de dire que le flair et l'instinct de Jane Tranter ont amené des perles comme le nouveau Doctor Who, Life on Mars ou MI-5 dans les filets de la Corporation.

Elle a dit un jour: « Rappelez-vous dans quel état se trouvait le département Dramatique de la BBC en 2000? Dans quel déprimant état de dénuement se trouvait sa réserve? » (http://www.guardian.co.uk/media/2008/jul/01/bbc.television1). L'une des options serait pour elle de rester dans la noble maison pour travailler dans ce qui devrait être la nouvelle unité de production de fiction de BBC Worldwide aux Etats-Unis, mais son départ de la partie service public de la Beeb au Royaume-Uni ne serait pas sans conséquences, vu que la fiction est le joyau de la couronne de la BBC. Ajoutez-y ce que Mimi Turner a écrit dans le Hollywood Reporter: « ...mais il est également possible que [Julie] Gardner parte aux Etats-Unis pour travailler avec Tranter à Los Angeles », jetez un oeil à http://thierryattard.blogspot.com/2008/08/memento-ii.html, et prenez le TARDIS jusqu'aux temps troublés de Bugs (1995-1999).

D'après Digital Spy, citant News of the World, deux des spéciaux de Doctor Who en 2009 pourraient être tournés aux USA (http://www.digitalspy.co.uk/cult/a126698/dr-who-specials-to-film-in-america.html). Si cette information était confirmée pourrions nous imaginer qu'un possible départ de Miss Tranter à Los Angeles (pourvu que ce départ soit également confirmé) pourrait être utile d'une manière ou d'une autre à un arrangement pour obtenir un financement complémentaire ou une co-production avec un partenaire américain (?), comme pour Les Arnaqueurs VIP - co-produit par la chaîne cablée américaine AMC. Notez que la série est déjà co-financée par le canadien CBC.

Heureusement arrive Survivors (http://www.bbc.co.uk/pressoffice/pressreleases/stories/2008/05_may/30/survivors.shtml), la réinvention du classique de Terry Nation (1975-1977) par Adrian Hodges, à qui nous devons La malediction du rubis ainsi que Nick Cutter et les portes du temps...

UNFORGOTTEN SILVER

Le toujours intéressant et surprenant blog Forgotten silver (cf http://thierryattard.blogspot.com/2008/06/forgotten-silver.html) déménage. Vous pourrez dorénavant le trouver à cette adresse: http://forgottensilver.wordpress.com/.