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lundi 7 novembre 2011

NORD ET SUD (KOBA FILMS)

Le romantisme anglais est de retour en DVD chez Koba Films avec Nord et Sud (North & South). Cette magnifique adaptation par la BBC d'un classique de la littérature victorienne a révélé en 2004 le talent de l'acteur anglais Richard Armitage (Strike Back, MI-5).

« On dirait que vous n'êtes pas de cette partie du monde.
- Non, je suis du sud. Du Hampshire. » (Higgins et Margaret)

Angleterre, 19ème siècle. Margaret Hale (Daniela Denby-Ashe) doit renoncer à une existence paisible dans le sud rural pour suivre ses parents, Maria (Lesley Manville) et Richard (Tim Pigott-Smith), à Milton, ville industrielle du nord, car son père pasteur a quitté l'Eglise. La jeune femme fait la connaissance dans des circonstances houleuses de John Thornton (Richard Armitage), le ténébreux propriétaire de la filature de coton de Marlborough, qui vit avec sa mère Hannah (Sinéad Cusack) et sa soeur Fanny (Jo Joyner). Margaret découvre la misère des ouvriers de cette industrie et sympathise avec Bessy (Anna Maxwell Martin), la fille du syndicaliste Nicholas Higgins (Brendan Coyle).

« Sauf que les gens ici ne veulent pas étudier. Ils se désintéressent complètement des livres et de la culture. C'est un univers d'argent et de fumée. Ils se nourissent de l'un et respirent l'autre. » (Maria Hale)

Roman d'Elizabeth Gaskell publié en 1855, Nord et Sud (North & South) a fait l'objet d'une première adaptation pour la télévision par la BBC en 1975 avec Rosalie Shanks et Patrick Stewart. C'est Sandy Welch, l'épouse du dramaturge anglais Stephen Poliakoff, qui scénarise la version 2004 de cette oeuvre de l'auteur de Cranford (1851). Elle avait transposé en 1998 L'ami commun (Our Mutual Friend) de Charles Dickens pour la même BBC et la productrice exécutive Philippa Giles, ici coproductrice exécutive avec Laura Mackie (Blackpool). Brian Percival, remarqué en 2001 pour son court-métrage About a Girl et qui a travaillé sur Clocking Off, série de la BBC sur des travailleurs du textile à Manchester, est chargé de la réalisation.

Daniela Denby-Ashe, révélée par le feuilleton EastEnders et interprète de Janey dans la sitcom Ma tribu (My Family, 2000-2011), est choisie pour jouer Margaret Hale alors qu'elle s'était présentée au départ pour le rôle de Fanny Thornton. Richard Armitage, vu notamment dans les séries Cold Feet et Ultimate Force, est retenu pour jouer John Thornton (son premier rôle en vedette) après un minutieux processus de sélection. Impressionnées par son audition, la productrice Kate Bartlett (Canterbury Tales) et la directrice de casting Jill Trevellick voient néanmoins d'autres acteurs avant de le rappeler et d'êtres convaincues par l'alchimie entre Armitage et Daniela Denby-Ashe.

« Il s'est vraiment approprié très vite le personnage de Thornton. C'était assez étonnant de voir Richard entre les répétitions et l'habillage et devenir vraiment Thornton. » (Kate Bartlett)

Le tournage de Nord et Sud a lieu d'avril à juillet 2004 entre autres à Edimbourg où sont filmées les scènes se passant à Milton, ville fictive inspirée à Elizabeth Gaskell par Manchester. La mini-série est diffusée en quatre parties sur BBC One entre novembre et décembre 2004 avec un succès dépassant largement les attentes de la chaîne. Richard Armitage est propulsé instantanément au rang d'icône par le public féminin, conquis par sa présence et son charisme. L'acteur est comparé à Monsieur Darcy, le personnage interprété par Colin Firth dans la populaire adaptation d'Orgueil et Préjugés (Pride and Prejudice) de Jane Austen diffusée par BBC One en 1995. Et le site de la BBC consacré aux fictions est littéralement submergé de messages à son sujet.

« Un gentleman ne devrait pas user de sa force sur un être aussi démuni, ni crier sur des enfants.
- Et moi je dis qu'un gentleman ne devrait pas être confronté comme en mai dernier à la vue de 300 cadavres calcinés, dont beaucoup étaient des enfants, à la suite d'un incendie accidentel qui a détruit toute une filature en 20 minutes. » (Margaret et John)


Le DVD, sorti en avril 2005 en Angleterre, arrive enfin en France grâce à Koba Films. Avec en plus de la VO et des sous-titres, un bon doublage réalisé spécialement pour l'occasion en avril dernier chez Dame Blanche/Agent Double. Parmi les bonus figurent les scènes coupées ainsi qu'un intéressant entretien avec Richard Armitage. North & South est une réussite absolue, une confrontation des sentiments, des cultures, et des classes sociales mise en valeur par une distribution parfaite et des scènes inoubliables (dont la "neige" dans la filature ou la fameuse scène finale). La réalisation de Brian Percival ainsi que la photographie de Peter Greenhalgh sont sublimes et la musique composée par Martin Phipps est superbe.

Koba Films sort également l'indispensable Orgueil et Préjugés en Blu-Ray.

« Vous rentrez avec moi, Margaret? »

http://www.kobafilms.fr/sagas/150-nord-et-sud-5051889144311.html
http://richardarmitageonline.com/north-and-south/north-south-introduction.html
http://www.victorianweb.org/authors/gaskell/chron.html
http://www.vintagecarriagestrust.org/film04northand.htm

mardi 20 septembre 2011

DES ORAGES ET DES GUERRES

C'était censé être une "bataille": le retour de Downton Abbey, le luxueux drame historique d'ITV1, contre la dixième et dernière saison de MI-5 (Spooks), la série d'espionnage de BBC One. Mais qui pensait sérieusement que le MI-5 pourrait résister face à Violet, comtesse douairière de Grantham?

La deuxième saison de Downton a débuté dimanche soir avec 9 millions de téléspectateurs (34,6%), contre 4,62 millions (17%) pour Spooks (1).

« It's my lucky charm. I've had it always. So you must promise to bring it back, without a scratch. »


1916, le monde est en guerre. Les membres de la famille Crawley et les domestiques qui travaillent pour elle à Downton Abbey, leur demeure edwardienne, s'efforcent de maintenir leurs habitudes. Parce que, pour citer Mr Carson (Jim Carter), c'est « la seule façon de montrer aux Allemands qu'ils ne nous battront pas ». Certains hommes sont au loin dans les tranchées, comme Matthew Crawley (Dan Stevens). Robert (Hugh Bonneville) aimerait bien aller combattre mais on confie au comte de Grantham d'autres responsabilités. John Bates (Brendan Coyle) voit ses efforts pour construire un avenir avec Anna (Joanne Froggatt) menacés par l'arrivée de Vera (Maria Doyle Kennedy), son épouse.

Ecrit par son créateur Julian Fellowes et produit par Carnival Films, Downton Abbey, le carton d'audience d'ITV1, est de retour dans toute sa magnificence. L'amour, la guerre, l'honneur, l'intrigue, le drame et même l'humour sont présents au sein d'un supersoap de grande classe en costume. Certaines discussions dans les tranchées peuvent rappeler Blackadder Goes Forth mais cette première, réalisée par Ashley Pearce, reste au sommet de son art. En témoigne cette superbe scène dans laquelle Mary (Michelle Dockery) voit Matthew et la nouvelle élue de son coeur, Lavinia Swire (Zoe Boyle), tandis que joue l'orchestre. Et bénie soit Maggie Smith dans le rôle de Violet.

« Buzzards are circling. »

Dans Spooks, c'est une autre guerre qui revient hanter Sir Harry (Peter Firth). Un de ses contacts du passé est éliminé alors qu'il voulait avertir le patron de la Section D du MI-5 qu'une taupe à la solde des Britanniques - nom de code: Tourmeline - est en danger. Elena Gavrik (Alice Krige) est l'épouse d'Ilya Gavrik (Jonathan Hyde), un ministre russe de rang élevé, et quelqu'un la "traite" en utilisant les codes de Harry Pearce. Ilya est un ancien adversaire de Harry et il est la cible d'un complot visant à l'assassiner afin de faire du tort au début d'une nouvelle ère de relations entre l'Angleterre et la Russie.

La série à succès produite par Kudos Film and Television a explosé sa date de péremption il y a pas mal de temps déjà et la neuvième saison était tout simplement risible. Le premier de ces six derniers épisodes pourrait être le premier pas vers une sortie avec toute la dignité que Spooks devrait mériter étant donné sa sophistication passée. Une sortie digne que Ruth Evershed (Nicola Walker) et Harry méritent aussi, attendu que la probabilité qu'ils se retirent à la campagne est mince. Le reste de l'équipe ne mérite rien, tellementont dirait qu'ils ont été recalés à un entretien d'embauche de la CTU (oh, le joli ordinateur portable piégé que voilà!) On dirait même qu'il y a une Nina Myers (?)

La réception très Ferrero Rocher a l'air d'être extraite d'un Mission:Impossible et c'est sans surprise que l'on apprend que Harry a un héritier au FSB. Mais dans l'ensemble ce thriller d'espionnage à l'ancienne est presque rassurant avec ses Russes, la CIA, etc. A la fin du grand jeu de Harry tout le monde finit blanc et gris.

(1) http://www.guardian.co.uk/media/2011/sep/19/downton-abbey-spooks-viewers

http://www.itv.com/presscentre/presspacks/downtonabbeyseriestwo/default.html
http://www.bbc.co.uk/pressoffice/pressreleases/stories/2011/08_august/11/spooks.shtml
http://www.guardian.co.uk/tv-and-radio/tvandradioblog/2011/sep/18/spooks-series-10-episode-one

mardi 21 septembre 2010

SMOKE ON THE WATER

[6.47] MI-5 (Spooks) est de retour pour sa neuvième saison sur BBC One (le lundi à 21h00 - heure britannique). Un agent est mort, quelqu'un est demandé en mariage, Harry Pearce prend un verre avec un vieil ami et veut démissionner. Il y a des petits nouveaux à la Section D (contre-terrorisme), laquelle doit faire face à une menace maritime cachant quelque chose de plus sournois.

Sir Harry (Peter Firth) est profondément affecté par le décès tragique et explosif d'un de ses agents et lorsqu'il apprend qu'un ami est responsable, il décide d'avoir une petite conversation avec lui quitte à lui briser le coeur. De toute manière les membres de la Section D du MI-5 n'ont pas le temps de pleurer leur collègue.

Certes il y a un nouveau régime politique mais le travail reste le même quand Lucas North (Richard Armitage) est à bord d'un navire à Tanger pour assassiner un terroriste. Son travail est interrompu par l'arrivée de pirates somaliens, en réalité membres d'une cellule terroriste, qui ont transformé le navire en une bombe flottante. A moins que tout ceci ne soit qu'un leurre destiné à dissimuler quelque chose de plus pernicieux, téléguidé directement depuis Londres.

Spooks était série d'espionnage hautement sophistiquée ou tout pouvait arriver, dans la limite d'une certain degré de réalisme qui faisait partie de son attractivité. Mais le format est usé depuis deux saisons au moins et sa marque déposée si distinctive qui consiste à éliminer des personnages réguliers ou semi-réguliers est devenu un gimmick. "A long terme nous serons tous morts" a dit John Maynard Keynes.

Il y a bien quelques traces du "vieux" Spooks dans le pré-générique de ce premier épisode, avec un enterrement et la magnifique et si "le carréesque" conversation écourtée en Ecosse. Lucas North fait la connaissance de ses nouveaux équipiers, Dimitri Levendes (Max Brown) et Beth Bailey (Sophia Myles), et tout le monde sauve Londres de deux submersibles explosifs avec l'aide d'une bombe électro-magnétique cachée sous le Parlement! Ce n'est plus MI-5, c'est Bugs (1995-1999) avec l'humour en moins.

Lorsqu'il ne joue pas les espions de soap opera, Richard Armitage est très bondien. S'il y avait une autre saison de Spooks (mais serait-ce bien raisonnable?) il deviendrait l'espion le plus occupé de la télévision britannique, puisque Sky1 a commandé une deuxième saison de Chris Ryan's Strike Back. A condition que Lucas survive à cette neuvième saison de MI-5, bien sûr. A long terme...

jeudi 12 août 2010

SECTION D PRIME

[21.07] Nellie Andreeva, de Deadline.com, rapporte en exclusivité que le réseau américain ABC veut une adaptation US de MI-5 (Spooks/MI-5 en Amérique).

D'après Andreeva, ABC Studios vient de conclure un accord pour les droits de Spooks avec Kudos Rights Ltd, une filiale de la compagnie britannique Kudos Film and Television qui produit la série originale pour la BBC.

Créé par David Wolstencroft, MI-5 suit les agents de la Section D du MI-5 (countre-terrorisme), basés au quartier général du service de sécurité à Thames House. Lancée en 2002, la série figure parmi les grands succès de la BBC et est une des séries britanniques les plus connues aux Etats-Unis.

ABC avait déjà adapté une série Kudos/BBC avec sa non-nécessaire et très oubliable version US de Life on Mars, diffusée entre 2008 et 2009.

http://www.deadline.com/2010/08/abc-to-adapt-british-spy-drama-mi-5/

lundi 15 février 2010

GROSSES COUPURES

[10.20] Intéressant entretien avec Stephen Garrett, le patron de Kudos Film and Television, par Maggie Brown sur le site de The Guardian. Kudos est bien sûr la compagnie à l'origine de MI-5 (Spooks), Life on Mars, Les Arnaqueurs VIP (Hustle), etc.

Ancien cadre chez Channel 4, Stephen Garrett a fondé Kudos en 1992. Spooks, lancé sur BBC One en 2002, a pavé la voie de nombreuses séries novatrices à succès qui ont fait de la compagnie un des plus importants producteurs indépendants de séries au Royaume-Uni. Garrett a vendu Kudos en 2006 à Shine Group, la compagnie d'Elisabeth Murdoch, pour 35 millions de Livres sterling. Ce qui est assez drôle c'est que Spooks comme Life on Mars avaient tous les deux été refusés par Channel 4!

Stephen Garrett explique pourquoi il pense que le secteur de la production indépendante souffre des réductions budgétaires de la BBC et donc pourquoi "des séries britanniques de grande qualité produites comme Spooks pourraient être des espèces en voie de disparition". Nous apprenons dans l'article de Maggie Brown que cette série coûte un peu moins de £900,000 par épisode, en partie à cause des séquences d'action, effets spéciaux et autres cascades.

Le climat économique actuel est plus favorable à des co-productions internationales comme la version BBC de Wallander ou les deux prochaines saisons de Primeval - dans lesquelles BBC Worldwide est très impliquée. Mais Primeval est une franchise de genre, conçue à l'origine pour dupliquer le succès de Doctor Who, vendue dans plus de 40 pays.

La sévère récession que nous traversons pèse clairement sur les succès de la BBC. La saison 6 de Hustle, déménagée à Birmingham pour des raisons de coûts de production (et de co-financement local), et à certains égards la saison 8 de Spooks sont les dernières illustrations en date de cette situation. Le mois dernier Maggie Brown rapportait que plusieurs séries de la BBC existant depuis longtemps seraient annulées pour faire de la place aux nouveaux projets (http://www.guardian.co.uk/media/2010/jan/13/bbc-drama-ben-stephenson).

Une neuvième saison de Spooks est de toute manière dans les tuyaux et la BBC a commandé à Kudos une série en 8 épisodes baptisée Outcasts, qui se passe en 2040, et dont on parle déjà beaucoup. "Espèces en voie de disparition"? Torchwood déménage apparemment aux Etats-Unis et nous sommes à la fin d'un cycle qualitatif initié avec la version moderne de Doctor Who en 2005. Nous verrons bien de quelle manière les réductions de budget à la BBC affectent la saison 5 d'une des franchises les plus lucratives de la Corporation.

http://www.guardian.co.uk/media/2010/feb/15/stephen-garrett-kudos (En Anglais)

Voir aussi:

http://www.broadcastnow.co.uk/news/indies/bbc-cash-flow-problem-piles-pressure-on-indies/5010349.article

mercredi 13 août 2008

MEMENTO II

Pour celles et ceux qui sont arrivés en retard... En juillet, l'Über journaliste es Infotainment et déesse des blogs cinéma, Nikki Finke, a publié un mémorandum transmis par une de ses sources et émanant d'un des vice-présidents exécutifs du réseau américain ABC. Elle décrivait le document comme étant « un schéma flagrant de pillage des séries étrangères » (http://www.deadlinehollywooddaily.com/bombshell-abc-studios-memo-a-blueprint-to-rip-off-foreign-tv-series/).

« COME ON ALONG WITH ABC... »

Avant-hier, Nikki nous a offert la suite (http://www.deadlinehollywooddaily.com/uk-tv-producers-slam-abc-studios-memo/): d'après l'excellent journal The Guardian, Pact - l'organisation des producteurs britanniques (http://www.pact.co.uk/) - a eu connaissance du mémo et « est actuellement en train de l'examiner » (http://www.guardian.co.uk/media/2008/aug/11/television.usa?gusrc=rss&feed=media). The Guardian souligne que les principaux producteurs britanniques, comme BBC Worldwide Limited (la branche commerciale de la Beeb) et RDF Media Group, font beaucoup de business avec ABC sur des programmes tels que Supernanny, Wife Swap et Dancing with the Stars, tous diffusés sur le réseau américain.

Le Royaume-Uni est un gros exportateur de formats de télé réalité, mais, comme Nikki Finke le remarquait avec sagacité: « Il est évident que ABC Studios ne veut pas répéter ce qui est arrivé avec une série comme Ugly Betty, qui est la version américaine d'une telenovela latine ». Et tous les amateurs de séries télé savent que le remake américain de Life on Mars (http://abc.go.com/primetime/lifeonmars/index?pn=index), le classique de la BBC et Kudos (http://thierryattard.blogspot.com/2008/06/life-on-mars-saison-1.html), doit arriver sur la grille d'automne de la saison 2008-2009 d'ABC - non sans quelques difficultés de production.

Les lecteurs de ce blog connaissent notre promotion de la qualité des séries britanniques contemporaines: Docteur Who, Jekyll, Primeval, The Fixer, MI-5, Lewis, etc… tous ces produits qui ne dépassent pas BBC America ou PBS (Sci-Fi avec un peu de chance...) aux Etats-Unis, ce qui - comme nous le remarquions dans un commentaire sur le blog de Nikki, laisse probablement un peu de champs pour d'autres adaptations par des networks dans l'avenir.

TERREUR SUR LE BRITANNIC

Une partie substantielle des revenus de la Beeb provient de Worldwide, sa filiale. Donc on peut facilement imaginer leur réaction après la publication du mémo d'ABC. L'année passée, la franchise Doctor Who et l'émission automobile Top Gear ont permis à BBC Worldwide d'atteindre des profits records (http://www.telegraph.co.uk/news/newstopics/celebritynews/2273329/Doctor-Who-and-Jeremy-Clarkson-help-BBC-Worldwide-to-andpound118million-profit.html) dans un contexte plutôt délicat. Ofcom, le régulateur des communications aux Royaume-Uni, a récemment rejeté les demandes de la BBC en matière de redevance et est même allé plus loin en suggérant une réduction après le basculement vers le numérique (http://www.dailymail.co.uk/news/article-1036077/TV-licence-GO-DOWN-2013-digital-switchover-says-Ofcom-chairman.html).

Dans cette perspective, la décision de BBC Worldwide de prendre une participation dans la société de Jeremy Clarkson, le présentateur et producteur exécutif de Top Gear (http://www.guardian.co.uk/media/2008/aug/08/jeremyclarkson.bbc), pour garder l'homme au sein de la vénérable maison, a suscité des haussements de sourcils... « Top Gear ferait-il une sortie de route sans Jeremy Clarkson? » demande Tara Conlan dans The Guardian [Note personnelle: euh, oui...]

Pire, après la décision de la BBC de reporter la cinquième saison de Docteur Who en 2010 et de réduire la saison 3 de Torchwood à cinq épisodes, l'accueil fait aux fictions de la maison diffusées cet été est plutôt mitigé, si ce n'est négatif. Bonekickers, La série d'aventure archéologique n'a pas été à la hauteur des attentes légitimes provoquées par pareil projet, particulièrement lorsque les noms de Matthew Graham & Ashley Pharoah (créateurs de Life on Mars et Ashes to Ashes - sa suite) et de Adrian Lester (Les Arnaqueurs VIP) y sont associés.

BRIDGE OVER TROUBLED WATER

Spooks: Code 9, le spin-off très attendu de MI-5, le hit de Kudos, lancé avec force publicité, est massacré par les critiques: « avec un casting de nouveaux visages et un budget conséquent, Spooks: Code 9 se veut branché, combinant la torture étatique avec un côté coloc, sexe et cuite à la This Life pour ceux qui torturent. Et pourtant la série n'a pas les tripes de lier l'attaque “code-9” [Londres touchée par une explosion nucléaire, NDA] aux jeux olympiques de 2012 ou al-Quaeda » (The Times, August 11, 2008).

Mais le prestige des séries télévisées britanniques reste assez intact pour inspirer à d'éminents protagonistes de l'industrie américaine de la télévision des ponts entre les deux côtés de l'océan, plutôt que de remplir des étagères de remakes qui se plantent (souvenez vous de Viva Blackpool). Dick Wolf prépare la version londonienne de sa franchise Law and Order franchise avec Kudos pour ITV (http://www.itv.com/Drama/copsandcrime/LawandOrder/default.html), et la Fox vient de conclure un deal avec ITV pour partager des formats et développer de nouvelles séries ensembles avec des versions locales pour l'Amérique et le Royaume-Uni

Notons que l'une des compagnies les plus dynamiques du Royaume, Shine (Hex, Sugar Rush...), a été fondée par la fille de Rupert Murdoch et possède Kudos, une compagnie de production qui peut être définitivement considérée comme la ITC Entertainment du 21ème siècle.

samedi 12 juillet 2008

INGRID EN VACANCES...

Votre fidélité, chers lecteurs, méritant d'être récompensée, Ingrid (celle du grand Hitch bien sûr...) fera des apparitions durant le break estival de votre taulier plein de gratitude.

IS THERE LIFE ON MARS?

La grande journaliste et bloggeuse américaine Nikki Finke, spécialiste de l'industrie de l'Entertainment et lecture corporative favorite de celui qui tient cette humble maison, a obtenu un memorandum daté du 24 juin émanant d'un des vice-présidents exécutifs du réseau américain de télévision ABC qui d'après elle serait ni plus ni moins qu'une incitation manifeste à piocher dans des formats de programmes étrangers sans en prendre les couteuses licences (http://www.deadlinehollywooddaily.com/bombshell-abc-studios-memo-a-blueprint-to-rip-off-foreign-tv-series/)

Rappelons qu'ABC est le réseau qui diffuse aux Etats-Unis Ugly Betty, adaptation américaine de la novela colombienne Yo soy Betty la Fea (adaptée en Allemagne en tant que Le Destin de Lisa/Bruno) et qu'il travaille au lancement, non sans difficultés, de la version US de la série britannique Life on Mars (http://thierryattard.blogspot.com/2008/06/life-on-mars-saison-1.html).

Votre serviteur a fait remarquer en commentaire que la télévision britannique produit les meilleures séries au monde: Doctor Who, Primeval, Jekyll, The Fixer, Lewis... et que leur mode de diffusion sur le territoire américain laisse par nature le champs libre à de futures adaptations par les grands networks. Un commentateur du nom de Dan Zee a avec beaucoup d'humour fait part de la liste des prochaines adaptions d'ABC, dont:

- Docteur Quoi: un Roi du Temps, voyageur temporel, vient sur Terre dans une machine camouflée en distributeur de journaux pour combattre une race démoniaque de cyborgs appelés les Darthleks. Le turn-over de son casting de compagnons aidera à contenir les coûts de production par le remplacement de ceux qui demandent une augmentation.

- Mr Pea: Série de sketches hebdomadaires sur Monsieur Pea, un enfant dans un corps d'adulte. Il s'attire des ennuis dont il se sort de manière ingénue. Il parle rarement et lorsqu'il le fait c'est en marmonnant, ce qui réduira le coût des doublages pour les ventes à l'étranger.

Dan, you're the best...

UNE VERSION EN ENFER?

La saison 4 de Doctor Who (http://alaincarraze.blog.canal-plus.com/archive/2008/07/04/docteur-qui.html#comments), série avec laquelle on vous a rebattu les oreilles (enfin, les yeux...) ici vient de s'achever au Royaume-Uni, tandis qu'il y a plusieurs semaines sortait en France le coffret archi-minimaliste de la saison 3 (http://www.canalplus.fr/cid124234-doctor-who-saison-3.html).

Le doublage de la nouvelle saison devait commencer la semaine dernière chez Dubbing Brothers à Bruxelles, sous la direction de l'excellent David Macaluso. Or les comédiens belges qui font du doublage sont en grève pour la signature d'une convention qui traite de différents points dont la rémunération et les conditions de travail (http://www.facebook.com/group.php?gid=50593660351). La plupart des sociétés belges du secteur ont, nous dit-on, signé la convention, mais selon nos sources deux sociétés des plus importantes, la filliale belge de Dubbing Brothers et Dame Blanche/Agent Double, ne l'ont pas fait et Dubbing Belgique est en vacances.

Sans entrer dans le fond de la discussion ni remettre en cause quelque décision entrepreneuriale que ce soit, pour ce qui concerne le doublage de la saison 4 de Doctor Who il eut été dans l'idéal préférable que la série ne change pas de mains. Or il y a de fortes probabilités que cette saison soit dans l'état actuel des choses (au moment de la rédaction de cette note) traitée en France.

Les fans français, satisfaits du doublage de la saison 3 - auquel nous avons modestement contribué - après deux ans de dent dure, sont assez inquiets (http://www.doctor-who.fr/). Votre taulier suivra avec intérêt les réactions au moment de la diffusion en France et l'impact éventuel du doublage sur les ventes du coffret français de la saison 4 (s'il y en a un et si comme cette année il ne comporte pas de VO).

DELITS PRESQUE PARFAITS

Pour terminer trois recommandations télé: deux séries britanniques et une française. France 2 diffuse pour la première fois en hertzien gratuit, le dimanche à 23h15, la première saison de l'excellente série MI-5 (Spooks), la meilleure série d'espionnage jamais réalisée avec La Taupe. Créée en 2002, elle raconte les missions des agents du service de sécurité du Royaume-Uni et l'impact de ces missions sur le peu de vie personnelle qu'ils arrivent à grapiller - particularité: nul n'est à l'abri d'une fin de contrat précoce. Une production Kudos (Les Arnaqueurs VIP, Life on Mars, The Fixer), la ITC du 21ème siècle, pour BBC One, qui est d'abord passée par les cases Canal Plus(laquelle diffuse actuellement la saison 6) et Paris Première.



A propos de Paris Première, cette chaîne très agréable du câble diffuse le mercredi à 20h50 Les Mystères de Sherlock Holmes (Murder Rooms), une série de téléfilms diffusés entre 2000 et 2001 sur BBC One. Le concept de David Pirie est très original: Arthur Conan Doyle, le créateur de Sherlock Holmes, est étudiant en médecine lorsqu'il croise le chemin du docteur Joseph Bell, pathologiste (qui a véritablement existé). Ensemble ils enquêtent sur des crimes à l'aide de la science d'une médecine légale naissante. C'est le grand Ian Richardson, éternel Francis Urquhart dans la trilogie Château de cartes, qui joue le rôle de Bell.

Le doublage est excellent, la série magnifique. A ne pas rater? Vous êtes libre de le croire mais je ne puis faire de commentaire...

TF1 rediffuse le jeudi soir R.I.S. Police scientifique (http://thierryattard.blogspot.com/2008/01/ris-dlits-trs-imparfaits_29.html), adaptation française de la série italienne RIS Delitti Imperfetti, depuis la saison 1. Ce qui permet de retrouver en vedette un des plus grands acteurs français contemporains, Jean-Pierre Michaël, dans le rôle du taciturne Marc Venturi. Plutôt que de se gausser une énième fois de prétendus « experts à la française » (la franchise CSI n'ayant elle-même rien inventé), on appréciera de nouveau la volonté d'essayer de produire pour le hertzien en clair une fiction française intéressante. Et nous attendons avec impatience les scores d'audience des rediffusions de la saison 2 et de la saison 3, la 3 ayant vu le remplacement de Jean-Pierre Michaël par Philippe Caroit.

Malicieux? Vous êtes libre de le croire mais...

vendredi 16 mai 2008

FRIEDRICH WILDFEUER & KARSTEN RÜHLE

Oubliez Wisteria Lane, oubliez l’île des tristes naufragés, oubliez ces gens « ordinaires » avec des super-pouvoirs ou la CTU… Si les meilleures séries proviennent aujourd’hui du Royaume-Uni, l’Allemagne arrive en seconde position avec le dernier thriller d’action en date, la série GSG9 – la réponse allemande à MI-5 (Spooks) . Bien qu’occupés par le tournage de cette série produite par Typhoon (une compagnie de production de cinéma et de télévision extrêmement dynamique) pour Sat.1 – la chaîne derrière Le Destin de Lisa/Le destin de Bruno (Verliebt in Berlin)Friedrich Wildfeuer et Karsten Rühle, « showrunners » de GSG9 répondent à nos questions.

Friedrich Wildfeuer, Karsten Rühle, merci beaucoup d’avoir accepté cet entretien. Typhoon AG est une compagnie de production très active. Pourriez-vous nous dire quelques mots sur vos carrières respectives avant de travailler sous la bannière de Typhoon, et à propos de la création de cette compagnie ?

Friedrich Wildfeuer : Après mes études de droit et l’examen d’entrée au barreau, j’ai commencé comme chef des affaires commerciales chez VPS Filmdistribution à Munich. Après, j’ai travaillé une année pour la chaîne ZDF puis continué ma carrière durant sept ans chez RTL, où j’ai travaillé au développement de séries, de programmes de fiction et au marketing. Mon plus gros projet, là-bas, était la série à succès Hinter Gittern [soap carcéral inspiré du feuilleton culte australien Prisoner : Cell Block H, NDA]. J’ai quitté RTL avec Marc Conrad et nous avons fondé Typhoon en 1999.

Karsten Rühle : Après ma Maîtrise artistique en Communication de masse à l’Université de Leicester (Grande Bretagne), j’ai suivi un atelier de production de films indépendants à UCLA, avant d’entrer dans l’industrie de l’Entertainment à mon retour en Allemagne en tant que producteur adjoint d’un soap quotidien pour UFA. J’ai rejoint Typhoon en tant que producteur d’une série hebdomadaire ainsi que des dernières saisons de Abschnitt 40. GSG 9 est la première série que je produis avec Friedrich Wildfeuer dès la première phase de conception.

Il y a onze ans, RTL a révolutionné la perception de la programmation de fictions télévisées en Allemagne, lorsqu’elle a donné le contrat de la série Alerte Cobra à Hermann Joha – qui a littéralement inventé un genre avec sa compagnie action concept. Depuis deux ans Sat.1 semble donner le ton des nouvelles tendances en matière de fictions télévisées en Allemagne.

Comment percevez-vous l’évolution de ces tendances depuis 1995 ?


Friedrich Wildfeuer : Je crois qu’Alerte est une série vraiment unique et en réalité il n’y a jamais eu en Allemagne de tentative fructueuse de copier ce genre. La raison est définitivement basée sur les coûts d’une série d’action et un concept vraiment unique : des voitures rapides, l’ « Autobahn », des policiers et des cascades trépidantes.

Sat.1 a testé, ces dernières années, beaucoup de nouveaux formats avec des résultats mitigés. Une des raisons de cela est le retour en force des séries américaines sur les petits écrans allemands sous l’impulsion de la franchise CSI. Il y a aussi le fait que les séries américaines ont un grand nombre d’épisodes, ce qui est un énorme avantage parce que les chaînes peuvent sécuriser un créneau horaire pour une année. Une série peut se constituer une communauté de fans plus facilement avec un créneau fixe sur une année. La télévision est un media d’habitude.

Une série allemande arrive avec un nombre maximum de 13 épisodes par an. De plus, nous avons 30 chaînes gratuites de télévision, donc la concurrence est forte. Pourtant, Sat.1 travaille dur pour fixer de nouvelles tendances et je crois que le moment du retour sur cet investissement va arriver.

GSG9 est la bonne surprise de cette saison en Allemagne. Pourriez-vous nous parler de la création de la série et de la façon dont vous l’avez vendue à Sat.1 ?

Friedrich Wildfeuer : Le développement du format a pris beaucoup de temps. J’ai créé une série sur le Bundesgrenzchutz, rebaptisé en 2005 Bundespolizei – le GSG9 est une unité spéciale de la Bundespolizei. Sat.1 aimait le concept mais préférait centrer la série sur les gens du GSG9. Au début, j’étais sceptique quant au fait de pouvoir raconter des histoires à propos d’une unité spéciale qui se trouve à devoir résoudre des situations qui, normalement, sont résolues en quelques minutes.

Nous avons donc centré la série autour du GSG9 – les hommes derrière les cagoules. Quel genre de personnes risquent leur vie pour très peu d’argent ? Ils constituent un petit cercle, une élite. C’est extrêmement difficile d’entrer au GSG9. Donc, on essaie d’amener autant de personnages que possible dans un show structuré autour d’intrigues. On s’est aussi occupé du casting principal d’une manière très approfondie.

Karsten Rühle : Nous avons dû faire nos devoirs en obtenant toutes les informations sur le GSG9. En faisant ça j’étais préoccupé par le type d’histoires qu’on pourrait raconter dans des épisodes d’une heure, sachant que la vie quotidienne des membres du GSG9 n’est pas aussi intéressante qu’on pourrait l’imaginer. Comparée à l’attente des téléspectateurs, leur routine quotidienne est, en fait, ennuyeuse. L’étape suivante a été de créer des histoires comportant à la fois de l’action et des scènes dramatiques. Les auteurs ont travaillé très dur pour trouver l’équilibre, mais je considérais comme vital, de trouver un sujet pour chaque épisode. On a appelé ça la « colonne vertébrale dramatique » de la série.

Un des aspects les plus intéressants de la production de GSG9 est que la série n’est pas une énième tentative allemande de dupliquer les succès US du genre ou même action concept mais plutôt un effort très ambitieux d’égaler les standards de qualité d’une série comme MI-5 (Spooks), spécialement avec des scripts contenant leur dose de suspense intelligent et une utilisation narrative efficace de l’action « hors champs » - comme dans l’épisode 3, lorsque le terroriste du bus est abattu.

Quelles étaient vos références durant la conception de la série ?

Friedrich Wildfeuer : En fait, aucune série ne nous a inspirés ou servi d’exemple. Nous ne connaissions pas la série américaine The Unit – certaines personnes nous ont critiqués en disant que notre série copiait celle-là. Nous n’avons vu des épisodes de The Unit qu’un tout petit peu avant de commencer à tourner la saison 1 de GSG9. Karsten Rühle et moi n’avons jamais vu Spooks. On a créé ce format en se servant énormément de notre expérience acquise sur notre série policière Abschnitt 40, une série que nous avons produite pour RTL et qui a reçu plusieurs récompenses importantes.

Karsten Rühle : C’est drôle que vous mentionniez la séquence du terroriste abattu car cette séquence est, en fait, pour moi la plus importante de la série. Je savais que si on faisait la séquence telle que Jorge Papavassiliou l’a tournée, le public accepterait et croirait que Geb avait pris la décision qui s’imposait en abattant le terroriste en face de lui – autrement, le bus aurait explosé. D’un autre côté, cette séquence en dit long sur la tactique du GSG9 : n’utiliser son arme que s’il n’y a pas d’alternative. Cette décision doit être prise en quelques secondes et cela représente énormément de responsabilité.

Parlons de la distribution et des personnages. Quelles étaient vos exigences quand vous avez travaillé les personnages avec les scénaristes et comment avez-vous choisi les acteurs avec ces éléments à l’esprit ?

Hormis des visages relativement « frais » (d’excellents acteurs) pour des téléspectateurs hors Allemagne, on peut noter la présence dans la distribution de André Hennicke, un des plus talentueux acteurs d’Allemagne, et la révélation de Bülent Sharif et Marc Benjamin Puch. Pourriez-vous nous parler d’eux et du reste de la distribution régulière ?


Friedrich Wildfeuer : Comme le script, le casting est un élément extrêmement important pour la réussite d’une série. Pour Geb, nous cherchions un acteur avec de la dignité et de la chaleur humaine, et non un « dur ». En Ben Puch, on a trouvé le Geb parfait. Fort, crédible et chaleureux. Bülent, dans le rôle de Demir, est un garçon jovial qui n’a pas toujours le contrôle de ses émotions.

Karsten Rühle : Comme Friedrich Wildfeuer et moi avons travaillé sur d’autres séries en commun, nous savons tous les deux combien la notion d’ « ensemble » est importante. La distribution devait être, dès le début du projet, envisagée comme un « groupe de garçons ». Différents personnages, différentes nationalités, différents looks – mais tous cools et appréciables par le public. Faire cette distribution était très amusant, parce que personne dans l’équipe ne savait à quoi ressemble un agent du GSG9 mais chacun avait une image à l’esprit. Le réalisateur du premier épisode, Hans Günther Bücking avait déjà travaillé avec le « vrai » GSG 9.

Avec la directrice de casting, Sabine Weimann, il a mis plus de quatre mois à constituer l’ensemble, parce que nous savions que la réussite du premier épisode serait mise en péril si le public ne trouvait pas crédibles les acteurs jouant les membres du GSG9. La crédibilité était une des raisons pour laquelle nous avons insisté sur le choix de « talents inconnus », excepté pour André Hennicke.

Le terrorisme est un des thèmes majeurs de la série, particulièrement le radicalisme islamiste. Aux Etats-Unis, une série comme 24 est un motif constant de préoccupation pour les représentants de la communauté islamique. Avez-vous eu des réactions de la communauté turque ou, plus largement, de la communauté musulmane, à propos de la manière dont certaines histoires de GSG9 pourraient être interprétées ?

Friedrich Wildfeuer : Nos histoires traitent de toutes sortes de terrorisme et pas seulement du terrorisme aux motivations islamistes. On parle aussi des néo-nazis ou du conflit du Kosovo. Nous essayons aussi de trouver un équilibre dans les scripts entre différentes opinions et différents points de vue. Dans un épisode nous avons parlé des vols aériens de la CIA – sujet qui a fait la une de l’actualité en Allemagne.

Karsten Rühle : Nous n’avons pas vraiment de réaction, hormis que la communauté turque aime l’idée que nous ayons créé un personnage turc dans une force d’élite allemande.

Le personnage de Demir a-t-il été créé pour contrebalancer un possible malentendu ou est-ce simplement que, depuis Erdogan Atalay dans Cobra 11, les séries allemandes intègrent les réalités sociales du pays ?

Friedrich Wildfeuer : Le personnage de Demir a été créé avant tout parce que les vrais membres du GSG9 proviennent de différentes origines ethniques.

Karsten Rühle : Nous utilisons le personnage pour les deux raisons que vous évoquez, c’est vrai. Le plus important étant néanmoins le fait que le personnage contrebalance le terrorisme religieux. On a trouvé ainsi une excellente clé de compréhension du monde religieux de l’Islam, et des problèmes de la communauté en Allemagne, confrontée au radicalisme islamiste et à l’image biaisée donnée par les medias sur le sujet.

Demir nous donne aussi la possibilité de poser des questions qui dérangent – pas seulement à propos de l’Islam, mais aussi à propos de la manière officielle dont l’Allemagne traite la religion islamique et le radicalisme islamiste. Spécialement, lorsque nous avons trouvé nous-mêmes qu’il était difficile de répondre aux questions posées dans la série, par exemple : est-ce qu’il est autorisé de torturer quelqu’un pour sauver un grand nombre de personnes ?

Comment réussissez-vous à trouver l’équilibre entre des histoires crédibles, les séquences d’action, l’humour et les moments d’émotion ? (avec les vies personnelles des membres de l’équipe ?)

Friedrich Wildfeuer : Il n’y a pas d’autre recette que de travailler dur et de toujours vérifier que tous les éléments sont bien équilibrés dans le script.

Karsten Rühle : Parce que toute l’équipe est inspirée par l’idée de créer un nouveau format, cet équilibre est ce sur quoi nous travaillons le plus. Même si nous avons des réalisateurs et scénaristes expérimentés, créer un format prend du temps. Entre la première idée de l’épisode avec le terroriste dans le bus, épisode que vous avez mentionné, et le script final, se sont écoulés 12 mois. Nous avons eu l’idée dès le début de la conception de la série, mais dans cet épisode, il était extrêmement compliqué de trouver l’équilibre que nous recherchions pour pouvoir le tourner en 11 jours.

Nous sommes de plus en plus rapides, car les auteurs, réalisateurs et acteurs ont de plus en plus confiance en eux-mêmes. Typhoon et Friedrich Wildfeuer me donnent toujours la possibilité de vérifier et de refaire des choses durant le tournage, même pendant le tournage.

La crédibilité est un des aspects séduisants de GSG9. Avez-vous des conseillers techniques et les acteurs doivent-ils s’entraîner pour les séquences d’action ?

Friedrich Wildfeuer : Nous avons un ancien membre du GSG9 dans notre équipe qui lit tous les scripts et vérifie tous les aspects relatifs à la crédibilité. Et les acteurs se sont entraînés avec de vrais membres des forces spéciales.

Combien de temps faut-il pour tourner un épisode ?

Friedrich Wildfeuer : Pour la première saison, le tournage d’un épisode durait 11 jours et demi.

Karsten Rühle : Le budget nous permet ces 11 jours et demi. Les consultants sont sur le tournage pour les séquences d’action. Toutefois, le travail principal de nos conseillers du GSG9 se fait conjointement avec les scénaristes avant la version finale du script.

Quels sont les taux d’audience de la série ? Une deuxième saison est-elle en discussion ?

Friedrich Wildfeuer : Après un bon démarrage avec 13% sur les groupes cibles, l’audience a baissé du fait de la forte concurrence du football, spécialement de la Ligue des Champions. Puis, c’est remonté sur les quatre derniers épisodes pour arriver à des scores plus hauts que ceux du premier. Nous venons juste de commencer le tournage de la saison 2 avec 12 nouveaux épisodes.

Pourriez-vous nous présenter les autres productions cinématographiques ou télévisuelles de Typhoon AG ? La compagnie a un passé solide en matière de production télévisuelle mais allez-vous étendre vos activités dans le cinéma ?

Friedrich Wildfeuer : On peut avoir un très bon aperçu des productions de Typhoon sur notre site internet. Nous produisons aussi des films pour le cinéma. Le premier fut The Experiment, qui a très bien marché avec 1,7 millions d’entrées et un beau succès critique. Le deuxième était Bluthochzeit, d’après la bande-dessinée belge Lune de Guerre. En ce moment, nous avons un film appelé Freischwimmer en post-production.

Typhoon a aussi produit, pour RTL, une émission comique à succès durant des années, ça s’appelait Freitag Nacht News. Ce programme a été supprimé l’année dernière. Maintenant on se concentre sur des fictions de qualité : des films de cinéma, des téléfilms et des séries.

De quoi êtes-vous les plus fiers sur l’ensemble de vos carrières respectives et sur GSG9 en particulier ? Sur quoi travaillez-vous en ce moment ?

Friedrich Wildfeuer :: Je suis fier de toutes les productions Typhoon et particulièrement de The Experiment et de Abschnitt 40, une série policière qu’on produisait pour RTL. Un de nos sommets fut aussi la mini-série Blackout. GSG9 est spécial parce qu’il est très difficile de créer une série avec une unité d’élite qui va au-delà de l’action pure. C’était notre but et nous sommes sur la bonne voie.

Karsten Rühle : Je travaille sur la seconde saison de GSG9 et sur le développement d’un film pour Pro7 d’après le roman Le cercle de sang par Jérôme Delafosse.