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samedi 26 septembre 2009

MORT A L'ARRIVEE?

N'importe quel observateur ou spécialiste lucide a l'intuition que la saison télé US 2009-2010 des networks a tous les ingrédients pour être la pire saison depuis bien des années. Mais comme dirait Nikki Finke, ayez peur, ayez très très peur.

Juste après l'annonce de la première perte majeure de ce début de saison, The Beautiful Life (http://www.deadline.com/hollywood/cw-cancels-the-beautiful-life/), arrive l'info selon laquelle le nouveau V - sans Kenneth Johnson, créateur de la mini-série originale dans les années 1980, sera mis en "hiatus" après seulement quatre épisodes (http://www.digitalspy.co.uk/cult/a179211/v-to-go-on-hiatus-after-four-episodes.html). La série, qui démarre en novembre sur le réseau ABC, est censée revenir en mars après l'interruption, mais des rumeurs déclarent morte la version 2009 de V.

Ceci intervient après un "hiatus créatif" temporaire et le fait que les producteur de ce "reboot" envisageaient la participation d'acteurs de la version originale (sinon ils peuvent toujours appeler Heather Locklear). Et la promo montrée cette semaine n'a pas aidé à convaincre votre humble serviteur de l'intérêt de cette "réinvention" d'un des grands chapitres de l'Histoire de la télévision américaine.

Voir aussi: http://www.hollywoodreporter.com/hr/content_display/news/e3i470b0d4b362728579a5b16fab2819eee (En Anglais)

vendredi 5 décembre 2008

LES MEMOIRES DE ROGER MOORE: AMICALEMENT VÔTRE (L'ARCHIPEL) [1/2]

Remerciements à François JUSTAMAND et Claude ROUYER

[Note: Au regard de la richesse exceptionnelle de la carrière de Roger Moore et de l'intérêt de cet excellent livre, cet article est en deux parties]

« Après tout il s'agit de mon autobiographie, donc de moi: d'un homme sophistiqué, modeste, doué, modeste, débonnaire, modeste et charmant - au sujet de qui il y a tant à raconter... »

S'il y a un homme qui personnifie la télévision et le cinéma populaire de ces cinquante dernières années, c'est bien Roger Moore. L'acteur britannique fut à la télévision Ivanhoé, mais aussi le fameux Simon Templar (dit Le Saint) ainsi que Lord Brett Sinclair, ce qui aurait pu suffire a faire de lui un monument. Mais il fut également au cinéma James Bond dans sept films qui ont largement contribué à inscrire l'agent 007 dans le patrimoine culturel du monde occidental.

Autant dire que les mémoires de cette incarnation définitive du gentleman-héros séducteur, intitulées en Anglais My Word is My Bond (Amicalement Vôtre, publié aux Editions L'Archipel), étaient attendues à plus d'un titre et raviront autant les téléphiles ou cinéphiles, que celles et ceux qui sont toujours enchantés de revoir cet humaniste, distingué, sans la moindre once de prétention, et plein d'humour, qui se prétend paresseux et confesse son hypocondrie (« la maladie est un thème récurrent chez moi...»)

THE KID STAYS IN THE PICTURE

« Maman! Maman! Je vais être Stewart Granger! »

Roger Moore est né le 14 octobre 1927 à Stockwell, au sud de Londres, d'un père policier et d'une mère caissière (« Dès leur première tentative mes parents avaient atteint la perfection »). Doué pour le dessin, il débute adolescent sa vie professionnelle en 1943 comme animateur stagiaire chez Publicity Picture Production (PPP) en plein deuxième conflit mondial. Au gré de ses fonctions il croise au service cinématographique des armées le lieutenant-colonel David Niven, qui deviendra beaucoup plus tard un ami. En 1945, figurant sur César et Cléopatre (Caesar and Cleopatra), il est remarqué par le premier assistant réalisateur du film, l'irlandais Brian Desmond Hurst, qui l'envoie se former à la prestigieuse Royal Academy of Dramatic Art (RADA).

Il connaît le chômage après sa période militaire et obtient des petits rôles au théâtre, devient ami avec Christopher Lee et fait un peu de télévision pour la BBC, à Alexandra Palace. Après quelques vicissitudes d'acteur débutant, il est pris sous contrat à Hollywood, par la Metro-Goldwyn-Mayer. Il y rencontre quelques unes des grandes vedettes de l'époque, dont George Sanders - premier interprète du Saint, le héros des romans de Leslie Charteris, dans plusieurs films (et qui se suicidera en 1972, comme il en avait confié l'intention à David Niven en 1937).

En 1956, Roger Moore endosse pour la première fois l'armure de la légende télévisuelle en devenant Ivanhoé dans la série éponyme en noir et blanc, dont le pilote fut tourné en couleur. Un de ses partenaires, Robert Brown, jouera plus tard son supérieur, M, dans ses deux derniers James Bond. Lorsque la série se termine, le père de Moore lui suggère de prendre les droits de The Toff, personnage des romans de John Creasey (créateur du Baron sous le nom d'Anthony Morton) ou du Saint de Charteris. Cela ne se fait pas mais l'acteur n'en a pas fini pour autant avec Simon Templar...

LEGEND OF THE WEST

« Comme disait mon vieux papa... » (Bret Maverick, entre autres)

1958, Roger Moore signe avec Warner Brothers un contrat de sept ans et tourne le film Quand la terre brule (The Miracle), mais "la" Warner est en train de s'imposer sur le marché de la télévision avec une véritable "usine à séries" employant des acteurs maison. Sa série Cheyenne (1955-1962), avec Clint Walker fait un carton et inaugure une longue lignée de westerns hebdomadaires à la télévision américaine. Warner Brothers lance plusieurs séries à succès dont 77 Sunset Strip (1958-1964), Les yeux d'Hawaï/Intrigues à Hawaï (Hawaiian Eye, 1959-1963, avec Robert Conrad), Surfside 6 (1960-1962) et surtout l'excellente série western Maverick (1957-1962).

Tous ces titres ont la particularité de se partager les mêmes studios, les mêmes compositeurs, les mêmes réalisateurs, parfois les mêmes scénarii (voire des répliques entières!) et bien entendu les acteurs tournant sur une série sont invités à passer allègrement sur une autre et inversement (ce qui donne parfois lieu aux premiers cross-overs de l'Histoire de la Télévision). Moore, dont le contrat stipule qu'il pourrait "peut-être" faire de la télé, se voit proposer d'apparaître dans un épisode de Maverick en tant que John Vandergelt, face à Bret Maverick (« légende de l'Ouest », comme l'affirme le générique), le (anti)héros interprété par James Garner.

Warner fait ensuite de Roger Moore la vedette de The Alaskans (1959-1969), avant de le reprendre dans Maverick en tant que Beau Maverick, le cousin de Bret et Bart (Jack Kelly), longtemps expatrié en Angleterre. L'idée est en fait de remplacer le très populaire Garner, à couteaux tirés avec le studio. Moore se joint à lui et à Clint Walker pour revendiquer de meilleurs conditions de travail (« Nous rencontrâmes Ronald Reagan, alors directeur de la Screen Actors Guild, mais ce dernier, en dépit de nos arguments, ne nous prêta qu'une oreille polie »). En réaction à cette démarche, Warner Brothers installe une pointeuse dans la salle de maquillage!

LE FAMEUX SIMON TEMPLAR

« Tous mes programmes sont excellents. Il y en a de mauvais, mais ils sont tous excellents. » (Lew Grade)

A la fin de son contrat, en 1961, Roger Moore retourne en Europe et tourne à Rome L'enlèvement des Sabines sous la direction de Richard Pottier (« Je me demande encore si un Anglo-Saxon blond aux yeux bleus était le choix le plus judicieux pour incarner Romulus, élevé par une louve mais puisqu'ils me payaient... ») Les producteurs Robert S. Baker et Monty Berman ont les droits des aventures du Saint et sont associés à Lew Grade, le puissant patron d'ITC (Les Aventures de Robin des bois, L'Homme invisible et Destination Danger), pour en faire une série télévisée. Moore est choisi sans faire d'essai, il s'imagine que la série durera une saison... elle durera sept années et fera de lui une star mondiale: « Ce fut une période très heureuse pendant laquelle je pus jouer un rôle taillé pour mes capacités limitées. »

Roger Moore tourne aux studios d'Associated British Picture Corporation, à Elstree, avec de nombreux acteurs invités dont certains deviendront des vedettes, comme Oliver Reed, le neveu du réalisateur Carol Reed. Il réalisera même des épisodes de la série, aidé en cela par la carte de membre de l'ACTT (1), le syndicat des techniciens, auquel il s'était inscrit en entrant chez PPP. Après 71 épisodes en noir et blanc et alors que la série est enfin vendue à un réseau de télévision américain, à savoir NBC - Le Saint était jusqu'alors diffusé là-bas sur les chaînes de Syndication, Lew Grade propose à Moore de poursuivre l'aventure en couleur mais l'acteur, comme Bob Baker en fait (il l'apprendra après), ne souhaite plus travailler avec Monty Berman.

Bob Baker se sépare à l'amiable de Monty Berman après lui avoir proposé de produire, à la place du Saint, une série d'après des romans du très prolifique John Creasey - auteur que Baker et lui avaient déjà adapté en 1965, avec Gideon's Way: Alias Le Baron (The Baron, 1966-1967). Berman fait de John Mannering, alias... Le Baron (interprété par l'Américain Steve Forrest), une copie conforme de Simon Templar. Il s'associera plus tard au scénariste Dennis Spooner pour produire des séries ITC comme Les Champions, Département S et sa suite Le Mystérieux Jason King (avec le grand Peter Wyngarde), Mon ami le Fantôme et L'Aventurier. Fin 1968 et au terme de 118 épisodes, Roger Moore et Bob Baker - partenaires au sein de la Bamore Productions - estiment avoir épuisé les aventures exotiques de Templar mais se livrent à un intéressant exercice de style avec l'épisode Le Roi (The Ex-King of Diamond). Le Saint y fait équipe avec Rod Huston, un milliardaire texan interprété par Stuart Damon (ex-Les Champions) dans une histoire qui servira de "brouillon" à la série Amicalement Vôtre...

(Fin de la première partie mais Roger Moore reviendra)

Amicalement Vôtre - Mémoires de Roger Moore (L'Archipel, 22 euros)

(1) Association of Cinema Technicians. Voir http://www.transdiffusion.org/emc/insidetv/history/union.php

Deuxième partie: http://thierryattard.blogspot.com/2008/12/les-memoires-de-roger-moore-amicalement_12.html

vendredi 8 août 2008

HARRY POTTER ET LA COUPE DE FEU/NOCES FUNEBRES (DE MIKE NEWELL ET TIM BURTON)

[Le triomphe mondial de The Dark Knight est un excellent prétexte pour exhumer un article de 2006 sur deux DVD Warner Brothers, une Major capable de réconcilier industrie et art]

La sortie en DVD de Harry Potter et la coupe de feu, dernier opus en date de la saga Harry Potter, et celle de Noces funèbres, un film d’animation issu de l’univers de Tim Burton, confirme que décidément « la Warner » n’est pas une Major company comme les autres.

WARNER BROTHERS : LE STUDIO QUI RECONCILIE INDUSTRIE ET ART

« Il y a un équilibre insaisissable entre l’art et le commerce que les parties en présence s’efforcent d’obtenir [...] Avec La jeune fille de l'eau, nous essayons de soutenir un film qui a une expression artistique unique et qui en même temps fait de l’argent. » (Alan Horn, président de Warner Bros. - cité par le Los Angeles Times, à propos du film de M. Night Shyamalan)

« This is the House that Jack built. » (Comptine anglo-saxonne)

SUPER WARNIO BROS RETURN

En deux lettres : quel est le studio hollywoodien qui a demandé à l’auteur de Memento de réaliser un Batman, qui produit avec les Harry Potter une série de films plus adultes que Meurs un autre jour, qui a détourné Bryan Singer d’une franchise de super-héros très connue pour ressusciter à l’écran un des personnages les plus illustres de la maison (http://thierryattard.blogspot.com/2008/05/superman-returns-complete-shooting.html) et qui a accueilli le réalisateur de Sixième Sens et du Village lorsque celui-ci s’est fâché avec une célèbre souris ? WB... Warner Brothers.

Oubliez Poseidon, la tâche était trop ardue car on ne pourra refaire du Irwin Allen convenablement que lorsque le grand maître des films catastrophe des années 1970 ne sera plus mort. Tout est pardonnable à une compagnie qui a laissé Joel Schumacher nous offrir une magnifique adaptation du Fantôme de l’Opéra d’Andrew Lloyd Webber et même Sony finira par nous faire oublier Furtif avec Casino Royale et Rocky Balboa [Rétrospectivement l'auteur de cet article confesse avoir fait preuve d'un optimisme outrancier pour ce qui concerne l'un des deux, NDA].

La collection printemps-été 2005 du blockbuster américain a laissé un souvenir particulièrement pénible à Hollywoodland comme aux cinéphiles. Pourtant, tandis que les cadavres aux costards hors de prix jonchaient les rues de la cité du cinéma, Warner Brothers se classait 2ème, 6ème et 7ème du box office américain de l’année avec respectivement Harry Potter et la coupe de feu, Charlie et la chocolaterie et Batman : le commencement (Batman begins).

Les trois films ont établis pour l’année 2005 un record avec 1,4 milliards de dollars US de recettes sur leur marché domestique, sans parler du carton outre-atlantique de March of the Penguins, alias La marche de l’empereur, documentaire français distribué par Warner aux Etats Unis.

Voici la maison que Jack et son frère ont construit et Harry est un ami qui lui vaut du bien.

POTTER HARRY EST (TOUJOURS) LA DERNIERE CIBLE

Harry Potter et la coupe de feu (Harry Potter and the Goblet of Fire, 2005) est bien sûr l’adaptation cinématographique du quatrième tome des aventures du sorcier imaginé par J.K. Rowling. Après sa rencontre avec Sirius Black (Gary Oldman), le prisonnier d’Azkaban, la vie d’Harry (Daniel Radcliffe) continue à être de moins en moins tranquille lorsque quelqu’un soumet contre son gré sa candidature parmi les concurrents du Tournoi des Trois Sorciers.

L’attendent alors une série d’épreuves plus redoutables les unes que les autres, ainsi que son pire ennemi (Celui-Dont-On-Ne doit-Pas-Prononcer-Le-Nom) et ses acolytes, plus retors que jamais. Heureusement, il peut toujours compter sur ses amis Ron (Rupert Grint) et Hermione (Emma Watson), malgré quelques malentendus, les premiers dilemmes de l’adolescence et la découverte des sentiments.

Mike Newell succède honorablement à l’audacieux réalisateur mexicain Alfonso Cuarón (Harry Potter et le Prisonnier d’Azkaban) et le compositeur Patrick Doyle arrive à point nommé pour donner une tonalité musicale plus sombre à un univers qui s’éloigne progressivement de la féérie béate du premier film (le moins intéressant de la série pour qui a plus de quinze ans).

Il sera permis de déplorer l’aspect épreuves de jeux vidéo du scénario - mais la cible visée est précisément celle qui est familière des jeux sur consoles. On regrettera également le fait que les talents de Alan Rickman ou de Maggie Smith soient sous-utilisés dans cet opus, tout comme celui de Miranda Richardson pourtant irrésistiblement désopilante dans le rôle de la reporter de tabloïde en quête de ragots.

Il n’en demeure pas moins que le film est très agréable et le dvd saura replonger le spectateur dans cette ambiance (non sans quelques précautions d’usage à l’attention des plus jeunes) avec en plus des bonus sympathiques dans l’édition collector. En prime la révélation au grand public d’un acteur extrèmement doué dénommé David Tennant (dans le rôle de Barty Crouch, Jr) aujourd’hui célèbre pour être l’interprète principal de la série Docteur Who.

NOCES FUNEBRES DANS LA CHOCOLATERIE

Warner Bros. sied admirablement au Tim Burton millésimé 2005 avec le doublé Charlie et la chocolaterie (Charlie and the Chocolate Factory)/Noces funèbres - La mariée cadavérique au Québec (Corpse Bride). Noces funèbres, réalisé par Mike Johnson et Tim Burton, s’inscrit en droite ligne dans l’univers de Burton dont il rappellera Beetlejuice (1988) et surtout L’étrange Noël de Monsieur Jack (The Nightmare before Christmas), réalisé par Henry Selick en 1993.

Il convient de rappeler que Selick, génie de l’animation image par image qui n’a pas la notoriété qu’il mérite, réalisa trois ans après une sublime et attachante adaptation de James et la pêche géante (James and the Giant Peach) - d’après le grand Roald Dahl... auteur aussi du livre Charlie et la chocolaterie. Mike Johnson, le co-réalisateur de Corpse Bride a d’ailleurs travaillé avec Selick.

Notre Mariée cadavérique tire son origine du folklore juif russe du 19ème siècle. Victor, jeune homme timide, doit épouser Victoria mais par un concours de circonstances il se retrouve l’époux d’Emily, le cadavre d’une jeune mariée. Non il ne s’agit pas d’un hommage à l’œuvre de George A. Romero mais d’un joli conte charmant et drôle qui enchantera les enfants comme les adultes.

Le film bénéficie en version originale d’une distribution extraordinaire : Johnny Depp (mais y aura t’-il désormais un Tim Burton sans Johnny Depp ?), Helena Bonham Carter, Emily Watson (The Life and Death of Peter Sellers), la comique britannique Tracey Ullman, Joanna Lumley, Albert Finney, etc... Noces funèbres/La mariée cadavérique est à voir et à revoir absolument et son DVD est à ranger avec celui de Charlie et la chocolaterie dans le kit de survie du cinéphile.

« Quoi de neuf docteur ? » Tout...