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dimanche 29 mars 2009

ON S'AGENOUILLE DEVANT LE CROCO

"Le Grand public Britannique" (1) mérite un absolu respect pour sa patience. La saison 3 de Nick Cutter et les portes du temps (Primeval) a démarré en Espagne dimanche dernier et en Allemagne un jour plus tard. Tandis que les télespectateurs britanniques ont dû attendre le 28 mars pour regarder le premier épisode de cette nouvelle saison sur ITV1, juste après Harry Hill's TV Burp (patience? Disons plutôt sainteté). Mais non sans tirer à pile ou face d'abord, la saison 3 de Robin des bois démarrant 30 minutes avant sur BBC1.

CROCODILE ROCK

Donc, les grands chasseurs de créatures féroces de l'Anomaly Research Center sont de retour minus Stephen mais avec un nouveau baby-sitter militaire, le capitaine Becker. Nick Cutter doit gérer les conséquences de la mort de Stephen lorsque les affaires reprennent à l'ARC avec des ennuis au British Museum. Là-bas, l'équipe rencontre une egyptologue dénommée Sarah Page (qui doit être diplomée de la Samantha Jane Marquez University), ainsi que le monstre de la semaine: un croco géant - non, pas Gustave - avec un sérieux problème d'égo, car le "toutou" croit qu'il est un dieu égyptien.

James Lester, lui, doit faire face à une autre source géante de problèmes pour lui et l'ARC: Christine Johnson, une officielle de rang élevé travaillant au Ministère de l'Intérieur et ayant des liens avec le milieu du renseignement. Johnson doit superviser les opérations de Lester mais a son propre agenda: retrouver un mystérieux artefact. Sauf que son agent militaire est le seul survivant de son escouade après une rencontre du type très méchant sous la forme des hideux prédateurs vus dans les saisons précédentes.

Dans l'intervalle, le reptile egyptien joue un sale tour à un agent de stationnement londonien et veut faire du shopping dans un grand centre commercial à la totale désapprobation de Cutter, Abby et Becker, avant d'être assez aimable pour retourner au musée. Là-bas Sarah la nouvelle, qui est experte en matière de psychologie des crocos mégalos, suggère que le crocodile a seulement besoin d'un peu de respect et qu'ils ne seront pas mangés s'ils s'agenouillent devant lui. Cette expertise en matière d'Anger Management des dieux égyptiens lui vaut d'être engagée à l'ARC, Nick Cutter lui demandant d'établir un "modèle" d'après les anomalies du bestiaire des créatures mythologiques.

LES DENTS DE LA MER 5, NICK CUTTER 3

La première saison de Primeval était une plaisante surprise à gros budget, une sorte de dérivé fiction des précédents programmes produits par Impossible Pictures (Walking with Dinosaurs, Prehistoric Park). La seconde saison était dotée d'un meilleur format (introduit par le cliffhanger de la saison 1), d'une meilleure construction (un arc de 7 épisodes), d'une meilleure conception des personnages, ainsi qu'une merveilleuse addition au casting en la personne du formidable comédien anglais Karl Theobald dans le rôle d'Oliver Leek. C'est pourquoi nous attendions beaucoup de la première de cette troisième saison.

Mais le scenario de cet épisode est infesté de requins (si on peut dire vu que la vedette en est un crocodile). On ne marche pas devant la magnanimité de la bestiole, l'élément mythologique, ou Connor en comique troupier après deux années de route vers la maturité. Et l'introduction de quatre nouveaux membres dans la distribution nous rappelle que la télé britannique adore tuer les personnages réguliers.

Ben Miller dans le rôle de Lester, et Juliet Aubrey dans celui de la super dérangée Helen Cutter (costume de super méchante inclus), volent litéralement l'épisode 1 par leur incroyable présence. Le climax avec Helen, son armée de clones et l'artefact dans les ruines d'une citée moderne abandonnée dans un paysage préhistorique (la planète des singes? Londres après un programme de développement urbain qui a mal tourné?) nous permet d'espérer d'intéressants rebondissements. Tuyau pour la Beeb: Juliet Aubrey serait magnifique en Rani dans Doctor Who.

Voir également: http://thierryattard.blogspot.com/2009/03/nick-cutter-saison-3-sur-prosieben-pas.html

(1) http://thierryattard.blogspot.com/2008/06/creature-comforts-des-studios-aardman.html

mardi 24 février 2009

ADAPTATION... (LAW & ORDER UK)

Law & Order: UK, chaque lundi sur ITV1, est le dernier format de série télé en date à être adapté hors de son territoire d'origine. Le phénomène n'a rien de nouveau: Hollywood tente régulièrement de transposer des formats britanniques pour le cinéma ou la télévision. Le non-nécessaire Life on Mars du réseau ABC est une récente illustration de ce "bon soin" de l'industrie US, dont les conseils en matière de clonage doivent provenir directement de Michael Drucker (1).

ENVOYEZ LES...

Parfois le mouvement va en sens inverse. Souvenez-vous de The Upper Hand (1990-1996), la version britannique de Madame est servie (Who's the boss)? Et maintenant le vénérable New York District/New York Police judiciaire (Law & Order), monument de la franchise initiée par le producteur Dick Wolf sur le réseau américain NBC en 1990. Depuis que Yo soy Betty la fea (1999-2001), une sympathique telenovela colombienne a été vendue avec succès partout dans le monde pour des remakes locaux (tels que le très surrestimé Ugly Betty aux Etats-Unis, ou le délicieux Le destin de Lisa/Bruno, alias Verliebt in Berlin, en Allemagne) les producteurs ont l'air de croire qu'on peut vendre un format de série télévisée comme on exporte La roue de la fortune.

Ce n'est pas la première fois que Dick Wolf arrive à vendre un Law & Order pour une adaptation locale. TF1 a adapté via Alma, une filiale, Law & Order: Criminal Intent en tant que Paris Enquêtes criminelles pour un résultat assez peu impressionnant. TF1 et Alma avaient aussi adapté la série italienne RIS Delitti Imperfetti (la réponse de l'Italie aux Experts), produite depuis 2004 par Taodue pour Canale Cinque.

Law & Order: UK est une co-production NBC Universal et Kudos, la compagnie à l'origine de classique comme Les Arnaqueurs VIP ou Life on Mars, ou d'une des plus intéressantes séries de 2008: The Fixer. Le casting est prestigieux: Bradley Walsh (Coronation Street), Ben Daniels (The State Within), Jamie Bamber (Battlestar Galactica), Harriet Walter (Raison et sentiments), Bill Paterson (Sea of Souls)... et Freema Agyeman, qui doit avoir plein de cousines lui ressemblant comme deux gouttes d'eau dans chaque série télé du Royaume-Uni. Et Chris Chibnall (Torchwood), scénariste en chef, s'est vu confié la tâche suicidaire de transposer Law & Order pour un public britannique.

DISTRICT INFRANCHISSABLE

Le problème est que Law & Order est probablement la série la moins transposable au monde. A la fois police procedural et court drama, c'est une des productions les plus intrinsèquement américaine jamais réalisée. Depuis l'ambiance reminiscente de Kojak ou d'Homicide jusqu'à cette procédure judiciaire américaine qui imprègne la culture occidentale au point qu'en France des juges sont souvent appelés à tort "Votre Honneur". Pire, lorsque vous achetez un format, vous achetez ses éléments: ici, l'intro (« Dans le système de justice pénale, le peuple est représenté par deux groupes distincts mais d'égale importance... »), le fameux "Dum Dum", ou encore l'heure et le lieux indiqués en bas de l'écran (tellement années 1990). Déplacez ces gimmicks en dehors des séries si brillamment conçues par Dick Wolf, ajoutez-y des acteurs qui tentent de reproduire les attitudes ou les maniérismes de leurs homologues américains, et vous risquez d'obtenir une parodie façon Dead Ringers (2).

Plus fatal, ITV (3) aurait dû se soucier de la façon dont ça s'est passé en France, où le principal reproche fait à Paris Enquêtes criminelles était la copie carbone obligatoire des histoires originales, vues et revues avant la première de la version française. Ce syndrome de la photocopieuse était aussi une des faiblesse du RIS français (http://thierryattard.blogspot.com/2008/01/ris-dlits-trs-imparfaits_29.html), et lorsque TF1 a décidé de montrer l'excellente version italienne le mercredi après-midi (quatre ans après la première diffusion de l'adaptation française), celle-ci a rapidement disparu sans que cela n'émeuve qui que ce soit.

En décembre j'écrivais: « La nomination pour l'Award de "l'escadron suicide" va à Law & Order: UK » (http://thierryattard.blogspot.com/2008/12/itv-hiver-printemps-2008-2009-la-bbc-ou.html). Au moins avons nous droit à un très classe et "West-winguesque" (hein?Je croyais que l'idée générale était de rendre Law & Order britannique) thème générique, et je lis que Juliet Aubrey (Primeval) est en vedette invitée dans un épisode. « Sur que c'est elle qui a fait le coup, Chef».

(1) Le méchant du film A l'aube du sixième jour.
(2) Célèbre et désopilante émission comique de la BBC.
(3) A propos, j'aime beaucoup les dossiers de presse de ITV. Les gens de leur service de presse font vraiment un très bon boulot (http://www.itv.com/documents/doc/L&O%20PP.doc).