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samedi 21 mai 2016

FEMMES & FILLES (KOBA FILMS)

Femmes & Filles (Wives and Daughters, 1999) est une superbe mini-série en costumes de la BBC disponible en France en DVD chez Koba Films depuis la fin de l'année dernière.
 
Cette mini-série en quatre épisodes  est adaptée de Femmes et filles (Wives and Daughters, an Every-Day Story, 1865), l'ultime livre d'Elizabeth Gaskell (1810-1865), qui a écrit Nord et Sud (North and South) et Cranford. Wives and Daughters est le fruit de la collaboration entre la productrice Sue Birtwistle et le scénariste Andrew Davies (la trilogie House of Cards), le duo derrière la populaire version 1995 d'Orgueil et préjugés de Jane Austen pour la BBC et une adaptation d'Emma pour ITV l'année suivante.

Elizabeth Gaskell est morte avant de terminer l'écriture de Femmes et filles, donc Andrew Davies a dû écrire une fin. Molly Gibson (Justine Waddell), âgée de 17 ans, vit une vie tranquille dans la campagne anglaise avec son père veuf, le bon docteur Gibson (Bill Paterson). Lorsqu'il épouse Hyacinth Kirpatrick, ex-gouvernante des enfants de Lord et Lady Cumnor, Molly doit accepter la présence de son égocentrique belle-mère. Bientôt  la fille de Hyacinth, Cynthia (Keeley Hawes), rejoint la famille et Molly devient amie avec sa demi-soeur. Cynthia attire l'attention de Roger Hamley (Anthony Howell), le fils cadet du Squire Hamley (Michael Gambon) et de Madame Hamley (Penelope Wilton), des amis de la famille Gibson.

Réalisée par Nicholas Renton, cette
coproduction BBC et WGBH Boston de grande classe est une pure merveille. Toute la distribution est parfaite, à commencer par la formidable Francesca Annis. Avant Molly Gibson, l'excellente Justine Waddell a joué Estella dans Great Expectations (1999) et Tess dans Tess of the D'Urbervilles (1998). En 2000, Michael Gambon a remporté de très mérités BAFTA TV Award et RTS TV Award pour son interprétation du bourru mais généreux Squire Hamley. Tom Hollander, qui est maintenant un des acteurs majeurs de la télévision britannique, joue le rôle d'Osborne Hamley. Iain Glen apporte sa subtilité au personnage de Monsieur Preston, un homme qui sait que Cynthia a un secret.

Ian Carmichael (Lord Cumnor), Rosamund Pike (Lady Harriet) et Richard Coyle figurent parmi les autres membres de la distribution. Femmes & Filles a été tourné aux studios d'Elstree et dans des propriétés historiques telles que Levens Hall, dans le Cumbria, ou Wentworth Woodhouse (dans le sud du Yorkshire). Le coffret DVD deux disques de Koba Films propose la mini-série en VO (sous-titrée ou pas). Il comprend en bonus un documentaire appelé Who the Dickens is Mrs Gaskell?, sur Elizabeth Gaskell et le tournage de Wives and Daughters. BBC One a diffusé les quatre épisodes de 75 minutes entre novembre et décembre 1999. BBC America puis PBS les ont diffusé plus tard aux Etats-Unis.

http://www.kobafilms.fr/films/381-femmes-filles-5051889542599.html
http://www.pbs.org/wgbh/masterpiece/wives/index.html

Voir aussi:

http://thierryattard.blogspot.fr/2011/11/nord-et-sud-koba-films.html (Nord et Sud

mercredi 26 décembre 2012

DOCTOR WHO: THE SNOWMEN (BBC ONE)

Retiré dans l'Angleterre victorienne, le Docteur (Matt Smith) fait équipe avec son amie la détective silurienne  Madame Vastra (Neve McIntosh), sa partenaire humaine Jenny (Catrin Stewart), et son serviteur sontarien Strax (Dan Starkey), face aux projets neigeux du sinistre Docteur Simeon (Richard E. Grant). Il envisage d'avoir à nouveau un compagnon lorsqu'il rencontre Clara (Jenna-Louise Coleman), une jeune femme qui enquête déjà de son côté.

En septembre la première moitié de la saison 7 a noyé Doctor Who sous son concept marketing "blockbuster", les oeillades éhontées au marché américain et le soap opera de la famille Pond. Après ça l'annonce de la présence d'une star "iconique" dans le spécial 2012, les liftings du générique et de son thème, le nouvel intérieur du TARDIS, etc, etc, ne pouvaient qu'être accueillis avec un haussement d'épaules désespéré. « Sir, permission to express my opposition to your current apathy? » Et pourtant les miracles de Noël se produisent parfois.

« Carnivorous snow meets Victorian values. »

Bien sûr ce spécial, comme souvent avec les fictions actuelles de la BBC, donne visuellement l'impression que quelqu'un n'a pas payé la note d'électricité. Bien sûr vous devez acheter l'idée d'une détective reptile lesbienne dans l'ère victorienne (« Good evening, I'm a lizard woman from the dawn of time. And this is my wife.» ) Et oublier que certaines scènes avec Vastra et Jenny, apparues comme le sontarien Strax dans le calamiteux A Good Man goes to War, ont l'air de nous crier "pilote pour une série dérivée" au mégaphone. Passé cela et étant donné ce qui a précédé l'automne dernier, The Snowmen, écrit par Steven Moffat et réalisé par Saul Metzstein, est étonnamment agréable et sympathique.

Il n'est même pas nécessaire de défaillir devant le CV sherlockien de Moffat ou les lourds clins d'oeil à Conan Doyle ou bien Holmes pour savourer l'atmosphère d'une histoire ou Matt Smith et Jenna-Louise Coleman brillent en vrai duo de limiers victoriens de cet épisode. La façon dont Smith apporte de la maturité à son interprétation du Docteur et capture les attitudes de ses prédécesseurs demeure fascinante. De plus il était clair que Coleman était un excellent choix pour la nouvelle compagne dès son rôle dans le Titanic de Julian Fellowes. Et bien qu'il semble qu'aucune race diabolique de la galaxie ne soit épargnée par le sens de la trivialisation du Grand Moff, le comique fourni par le "psychotic potato dwarf" Strax offre quelques uns des meilleurs moments de The Snowmen.

« I said I'd feed you. I didn't say who to. »

La troisième visite de Richard E. Grant dans le Whoniverse (après The Curse of Fatal Death et Scream of the Shalka) pourrait a priori passer pour un gadget. Mais son Docteur Simeon, le méchant de service, conclut à la perfection un mois de décembre où l'acteur a également déployé tout son talent aux côtés du grand Peter Mullan dans le superbe The Fear. Simeon étale sa méchanceté glaciale tout en étant lui-même instrumentalisé depuis son enfance (le jeune Simeon fait très Damien Thorn) par une entité désincarnée que le Docteur a déjà rencontré. Cet adversaire a la voix du légendaire Sir Ian McKellen dans une performance aussi brillante que la participation vocale de Michael Sheen dans The Doctor's Wife. Tom Ward (Affaires non classées) joue le père de deux enfants plongés dans une situation où Le tour d'écrou croise Invisible Man (l'Ice Governess est "morphogivrée").

« Nice name, Clara. You should definitely keep it. » Dommage que le personnage joué par Jenna-Louise Coleman laisse augurer pour la seconde moitié de la septième saison un de ces arcs laborieux dont  Steven Moffat a le secret. Quoi qu'il en soit le spécial de Noël de cette année est plutôt plaisant, le nouveau générique comme la nouvelle orchestration du thème (reminiscente de la version de 1963) sont fantastiques et le nouvel intérieur du TARDIS est magnifique. « How refreshing to see you taking an interest again.  » Noël était bon, allons célébrer un anniversaire.

samedi 15 septembre 2012

MRS. PEPPERPOT

Doctor Who - Asylum of the Daleks (Saison 7, Episode 1). C'est un jour ordinaire à Albert Square. Amy (Karen Gillan) et Rory (Arthur Darvill) ont un problème, les Daleks ont un problème et la nouvelle dans la boîte a un problème. Le Docteur (Matt Smith) a lui aussi un problème: les Daleks veulent qu'il s'occupe de leur problème.

Huit mois se sont écoulés depuis The Doctor, The Widow and the Wardrobe (le spécial de Noël 2011) et presque un an depuis le dernier épisode régulier. Doctor Who est enfin de retour sur BBC One et BBC America avec sa septième saison. Cinq épisodes en septembre, le spécial de Noël de cette année, et les huit épisodes restants en 2013.

La saison 6 était inégale et souvent bavarde. Elle avait l'air surinvestie en terme de production à certains moments et l'inverse à d'autres (1). Mais qui s'en soucie? Alors qu'approche le 50ème anniversaire de Doctor Who, Matt Smith, Karen Gillan et Arthur Darvill sont plus populaires que jamais. Majoritairement les fans adorent le travail du showrunner Steven Moffat et de son équipe de scénaristes. Les audiences sont plus que bonnes et la marque est commercialement au top partout. Tellement partout que les téléspectateurs hors Royaume-Uni ont droit à une petite intro au générique dans laquelle Mrs Pond nous rassure au cas où l'on penserait qu'on regarde Danse avec les stars.

« Hang on a minute, lads, I've got a great idea! »
(Charlie Croker, The Italian Job)

Point de Docteur à la cérémonie d'ouverture des J.O. de Londres? Ne paniquez pas. On nous a promis un "blockbuster" toutes les semaines cette saison (2). Chaque épisode est censé être écrit comme une "affiche de film" et en a d'ailleurs une, ce qui est amusant vu tout le brouhaha autour d'un possible saut vers le grand écran. Le générique a été modifié (le pauvre) et le logo change selon le thème de l'épisode. C'est "l'année du blockbuster" et elle démarre avec un Asylum of the Daleks plein à craquer de, nous dit-on, tous les Daleks apparus dans Doctor Who.

Le Docteur est présumé mort mais les Daleks s'arrangent pour l'amener devant leur parlement, où il retrouve avec le futur ex-couple Pond car les ennemis du seigneur du temps ont une exigence des plus inhabituelles à formuler. Oui, les poivrières psychorigides ont bien un parlement et même un premier ministre! - les questions au gouvernement doivent valoir le coup d'oeil. « What do you know of the Dalek asylum? » demande M à 007. Les Daleks ont une planète où ils se débarassent de ceux qui ne fonctionnent plus (les blessés de guerre, les fous, le "Dalek pakistanais" de Spike Milligan, etc...) (3)

« It never made any sense to me, » commente lucidement le Docteur. « Because you'd just kill them. » Mais ils n'ont pas seulement un parlement et un premier ministre, ils ont aussi des cafés philo où ils discutent beauté et "haine divine"(« Perhaps that is why we have never been able to kill you. ») Cette soudaine entrée dans l'ère des Lumières n'inclut pas Georges Bizet apparemment. Quelque part sur la planète-asile une jeune femme écoute Carmen et fait des soufflés pendant que la crème de la crème des Daleks frappadingues est sur le point de s'échapper.

« How much trouble, Mr. Pond? Out of ten? Eleven. »


Le véritable élément divin d'Asylum of the Daleks, écrit par Steven Moffat lui-même, est la présence anticipée de Jenna-Louise Coleman, qui devait apparaître seulement à Noël en tant que nouvelle compagne du Docteur. Il n'y aura pas d'épisode en deux parties mais on ne pariera pas au sujet d'un arc car cette arrivée laisse augurer une autre histoire artificielle - le "twist" n'était pas du Keyser Söze - afin de remplacer le soap opera des Pond. Le reyclage par Moffat de ses propres idées a été largement remarqué et cet épisode étale un formidable sens de la conscience de soi, qui culmine avec la scène du « Run, you clever boy. And remember. »

Les Daleks ne se souviendront pas (ils en ont de la chance). « Doctor who? » Precisément... Côté positif, le réalisateur Nick Hurran donne une vraie dimension cinématographique à ce Asylum of the Daleks et un retour d'Anamaria Marinca (The Last Enemy) dans le rôle de Darla Von Karlsen, la "Dalek puppet" (ils n'ont sûrement pas de mot pour dire "figurine"), serait intéressant. L'interprétation du Docteur par Matt Smith demeure étonnante et Nicholas Briggs fait un superbe travail avec les voix des Daleks.

(1) http://www.radiotimes.com/news/2012-05-21/steven-moffat-people-who-call-sherlock-and-doctor-who-too-complex-are-presumably-fairly-stupid
(2) http://www.cultbox.co.uk/news/headlines/4585-doctor-who-exec-on-series-7-the-shows-fans-and-a-female-doctor
(3) http://www.telegoons.org/milligan_pakistani_dalek.htm

http://www.cathoderaytube.co.uk/2012/09/doctor-who-series-7-asylum-of-daleks.html
http://www.economist.com/blogs/prospero/2012/09/doctor-me

http://www.tardib.fr/article-critique-doctor-who-asylum-of-the-daleks-7x01-109952993.html
http://www.wired.co.uk/news/archive/2012-09/01/dr-who

lundi 25 avril 2011

NIXON FROST

Doctor Who - The Impossible Astronaut (Saison 6, Episode 1). Amy (Karen Gillan) et Rory (Arthur Darvill) sont au beau milieu du désert de l'Utah, à la demande du Docteur (Matt Smith) et ils sont rejoints par l'archéologue River Song (Alex Kingston).

Quelque chose sort de l'eau avec une conséquence tragique. Un vieil homme, le président des Etats-Unis, et des évènements en 1969 pourraient constituer une partie de l'explication - si ce n'est de la solution - à ce qui vient de se produire.


Lorsque Steven Moffat, le patron de Doctor Who nous a promis "le plus effrayant épisode d'ouverture toutes saisons de confondues" durant la promotion de la sixième saison (1), il ne voulait sûrement pas parler de ce qui allait arriver AVANT la diffusion du premier épisode. Non seulement BBC One a programmé The Impossible Astronaut à 18h00 contre une bande de dinosaures en images de synthèse et Stephen Fry sur ITV1, mais le retour du Docteur était précédé par un jeu terriblement affligeant du nom de Don't scare the Hare et il était suivi par une émission en difficulté d'audience, So You Think You Can Dance.

« I'd like to meet you in a timeless, placeless place
Somewhere out of context and beyond all consequences. »
Suzanne Vega, Language

L'épisode est écrit par Moffat lui-même et réalisé par Toby Haynes. Il s'ouvre avec le Docteur essayant d'être "délibérément ridicule" (comme le fait remarquer Amy à son mari) et, d'une certaine manière, y arrivant. Puis River Song s'échappe de nouveau du Stalag 13, pour aller vers "une planète appelée Amérique" - comme l'explique une version plus mince du sergent Schultz. Car The Impossible Astronaut est la première moitié d'un double épisode évènementiel marquant le tournage pour la première fois de la série aux Etats-Unis, grâce à BBC America (2).

Passé la superbe arrivée très cinématographique de "Monsieur et madame Pond" dans un bus scolaire jaune, la séquence pré-générique continue avec une série d'allusions au Hollywood de TCM délivrée avec toute la joie du prince Akeem de Zamunda arrivant dans le Queens. "Stetsons are cool" et River fait sa Calamity Jane ou quelque chose dans ce genre. Le logo de la BBC apparaît sous le titre, nos amis font un pique-nique, quelque chose (quelqu'un?) de mauvais arrive et le Kenny de la semaine meure. Avec Steven Moffat suivant la tradition, lancée par RTD, qui consiste à réduire un des éléments les plus importants du mythe de Doctor Who au rang d'artifice scénaristique.

« You were my second choice for this, Mr. Delaware.
That's okay. You were my second choice for president. Mr. Nixon. »

Mais on ne peut pas tuer Kenny, n'est-ce pas? "Time isn't a straight line, it's all bumpy wumpy." L'époque c'est 1969 et le président Richard M. Nixon a besoin de l'aide de l'outsider du FBI Canton Everett Delaware III. Nixon est interprété, avec une lourde assistance prosthétique, par Stuart Milligan, et - par un excellent choix de distribution - Canton III est joué à la fois par Mark Sheppard (Firefly, Battlestar Galactica, etc...) et le père de l'acteur, le légendaire William Morgan Sheppard. Sheppard Junior est tout simplement brillant (« If he doesn't I'll shoot him myself. ») mais les expressions de Milligan semblent figées par son masque de Tricky Dicky. Michael Sheen arrivera plus tard dans la saison, il ne peut quand même pas imiter tout le monde.

Le président et l'ancien G-Man sont interrompus par le Docteur, non-délibérément et clouseauesquement ridicule, et Amy est escortée jusqu'aux toilettes par le grand frère de Don Draper. Là elle rencontre le grand méchant de service, Roger d'American Dad dans un costume de Men In Black (« Is that a Star Trek mask? ») Il y a en fait toute une famille de rageant Roger et madame Pond commet une bad bad thing. A moins que? Evitez la bande-annonce Next Time si vous le pouvez... Oups, trop tard!

« And we walked off to look for America » (Simon and Garfunkel, America)

The Impossible Astronaut est mis à mal par le choix du format en deux parties et souffre de trop d'exposition. Steven Moffat écrit des répliques faites pour devenir cultes («These are my top operatives: the legs, the nose and Mrs Robinson. ») et de grandes scènes (l'impasse avec le service de sécurité de la Maison Blanche) mais a tendance à recycler ses vieilles ruses lorsqu'il s'agit de faire peur.

Le montage de certaines scènes dans le TARDIS avec certaines séquences américaines font que les unes semblent coïncider artificiellement avec les autres (voir l'introduction de Canton III plus jeune et le Docteur slapstick dans le Bureau Ovale). Comme si un matériel trop riche avait été "pressuré" à l'intérieur de 45 minutes. Quel dommage aussi que l'intelligente "préquelle" internet à la Maison Blanche n'ait pas été utilisée comme séquence pré-générique (« There are no monsters in the Oval Office. ») Et nous verrons jusqu'à quel point la division "créative" des épisodes de cette année en deux blocs affecte la narration.

L'épisode était dédié à Elisabeth Sladen, récemment décédée. La très aimée Elisabeth Sladen était bien sûr Sarah Jane Smith, populaire assistante de deux docteurs dans la série classique de Doctor Who. Elle est apparue aussi dans l'épisode School Reunion avec David Tennant dans la série de 2005 et deux ans plus tard elle a eu sa propre série, The Sarah Jane Adventures.

Plus tôt cette année, la Doctor Who family avait perdu Nicholas Courtney (Brigadier Alistair Gordon Lethbridge-Stewart). Lui comme Elisabeth Sladen nous manquent.

P.S. Les dinosaures de synthèse et Stephen Fry: 1,18 millions de téléspectateurs (7.9%). Doctor Who: 6,52 millions (36.7%). Fin de la discussion. Voir: http://www.digitalspy.co.uk/tv/s7/doctor-who/news/a316157/new-doctor-who-kicks-off-with-65m.html

(1) http://www.guardian.co.uk/tv-and-radio/2011/apr/05/doctor-who-new-series
(2) http://blogs.bbcamerica.com/anglophenia/2010/10/10/its-official-doctor-who-to-film-in-the-us-for-the-first-time/

http://www.sfx.co.uk/2011/04/21/doctor-who-the-moff/

Hommages:

http://cathoderaytube.blogspot.com/2011/04/elisabeth-sladen-1948-2011.html
http://cathoderaytube.blogspot.com/2011/02/nicholas-courtney-16-december-1929-22.html

Critiques de l'épisode:

http://cathoderaytube.blogspot.com/2011/04/doctor-who-series-6-impossible.html
http://unrealityshout.com/blogs/doctor-who-review-the-impossible-astronaut-series-6-premiere

vendredi 8 mai 2009

AFFAIRES D'ETATS (KOBA FILMS VIDEO)

Sir Mark Brydon, ambassadeur de Grande-Bretagne à Washington et proche conseiller du Premier ministre britannique, est sur le point de quitter sa fonction pour être nommé au gouvernement. Le diplomate revient dans la capitale américaine pour expédier les affaires courantes lorsque, sur le trajet du retour de l'aéroport, le vol BAQ 113 à destination de Londres - avec à son bord 262 passagers dont 97 citoyens britanniques - explose au-dessus de l'autoroute.

L'enquête montre qu'il s'agit d'un attentat et que le responsable est un des passagers britanniques, ce qui complique singulièrement la "relation spéciale" entre les Etats-Unis et la Grande-Bretagne car le Secrétaire d'Etat à la Défense US, Lynne Warner, est sur le pied de guerre. Mais quels sont les liens entre cette tragédie, la mort d'un mercenaire au cours d'un exercice à balles réelles en Virginie Occidentale, un ancien ambassadeur de Grande-Bretagne au Tyrgyzstan et l'exécution prochaine en Floride d'un condamné à mort britannique, héros des Malouines? Mark Brydon se retrouve au coeur d'une terrifiante conspiration.

JEUX DE POUVOIR

« On a rendez-vous à la Maison Blanche.
- Invitation ou convocation? »
(Mark Brydon et Nicholas Brockelhurst)


Une fois encore, Koba Films Vidéo ajoute un bijou de la fiction télévisuelle du Royaume-Uni à son impressionnant catalogue avec Affaires d'Etats (The State Within). Cette série de 2006 produite par la BBC s'inscrit dans la longue tradition du thriller politique à l'Anglaise et le sillage de perles comme Edge of Darkness (1985, dont un remake avec Mel Gibson doit sortir à la fin de l'année), A very British Coup (1988), la trilogie Château de cartes (1990-1995), ou State of Play - Jeux de pouvoir (2003). The State Within transpose le genre dans un contexte américain, pas sous la forme d'un de ses non-indispensables remakes US dont l'échec se discerne dès l'annonce du projet, mais dans une série britannique qui se déroule aux Etats-Unis.

« Je voulais faire un thriller basé sur un complot et déplacer la Grande-Bretagne au sein des Etats-Unis afin de montrer les répercussions que cela pouvait avoir » explique Jessica Pope, producteur exécutif. Affaires d'Etats a donc pour toile de fond les rapports entre le gouvernement britannique et l'administration américaine. Ce que Churchill a appelé "la relation spéciale", expression qui revêt un aspect particulier depuis le soutien en 2003 de Tony Blair à George W. Bush à propos de la guerre en Irak. Pope fait appel à la scénariste Lizzie Mickery (Messiah pour BBC Northern Ireland), qui elle-même décide de se faire assister par le scénariste Daniel Percival, avec lequel elle avait déjà travaillé sur l'efficace et redoutablement crédible Dirty War (2004) - une co-production entre la BBC et la chaîne américaine HBO ayant pour thème le terrorisme.

« Les attentats de Londres ne leur on rien appris. C'est incompréhensible. » (Secrétaire d'Etat à la Défense Lynne Warner)

Percival est également réalisateur ce qui lui permet de co-diriger The State Within avec Michael Offer. Les deux réalisateurs se partagent chacun une moitié des 6 épisodes (1) de cette série passionnante et haletante co-produite par la BBC et sa filiale, la chaîne BBC America, et tournée principalement à Toronto au Canada. L'idée de départ de Jessica Pope et cette co-production transatlantique permettent de conjuguer habilement le thriller politique façon State of Play avec l'action à la 24 heures chrono. Sans oublier, BBC oblige, un climat paranoïaque très MI-5 (Spooks), série d'espionnage à laquelle Affaires d'Etats emprunte son compositeur, Jennie Muskett.

PATRIOT GAMES

« Quand je dirigeais Armitage si je lui demandais de faire le beau il obéissait. » (Lynne Warner)

Pour personnifier dans The State Within le face à face politico-diplomatique entre la Grande-Bretagne et les Etats-Unis d'Amérique (« Voyons voir qui flanchera le premier ») il fallait deux très bons acteurs: le Britannique Jason Isaacs - connu entre autres pour son rôle dans les Harry Potter- incarne l'ambassadeur Sir Mark Brydon, tandis que l'Américaine Sharon Gless (Cagney & Lacey) est le Secrétaire d'Etat à la Défense des Etats-Unis Lynne Warner. Brydon est un pragmatique honnête dont la carrière est à son zénith lorsque l'attentat du vol BAQ 113, dont il est le témoin direct, réveille en lui le souvenir d'un drame personnel. Tel que brillamment interprété par Isaacs, Sir Mark est proche du Jack Ryan de Harrison Ford, un homme de coulisses dont l'intuition que les évènements dépassent largement leurs apparences le confronte à la nécessité de l'action.

Sharon Gless trouve avec le personnage de Lynne Warner un des plus grands rôles de sa longue carrière. Ex-pdg de la multinationale Armitage (dont le slogan est « Construire une Amérique meilleure et plus brillante »), le Secrétaire d'Etat à la Défense US est une dame de fer belliciste aux motivations opaques. Son patriotisme sincère - son fils est décédé en Irak - cohabite avec la collusion entre les intérêts de son gouvernement et les intérêts financiers d'Armitage - menacés en Asie centrale par le dirigeant de la république du Tyrgyzstan (« Nous donnons à cet ingrat 100 millions de dollars par an pour rester assis sur son cul » (2) ). Sharon Gless et Jason Isaacs sont assistés par une distribution de grande classe. Ainsi, l'acteur anglais Ben Daniels est extraordinaire dans le rôle de Nicholas Brockelhurst, conseiller aux affaires extérieures de l'ambassadeur britannique et maitre-espion aussi discret que dangereux.

« Vous êtes un enfoiré de manipulateur.
- C'est un peu mon boulot. » (Mark et Nicholas)


Lennie James est prodigieux dans le rôle du condamné à mort Luke Gardner, et partage l'essentiel de ses scènes avec Eva Birthistle - Jane Lavery, l'activiste des droits de l'homme. Une partie du casting ayant été fait à Toronto, on retrouve dans Affaires d'Etats certains habitués des productions américaines tournées au Canada: Noam Jenkins, exceptionnel en Christopher Styles, l'ambitieux Sous-secrétaire à la défense. Ron Lea est Carl Garcia, Conseiller à la Sécurité nationale et un des rares amis de Brydon à Washington (« Je vous signale que nous sommes loins d'être populaires au Conseil de sécurité »). Nigel Bennett, né au Royaume-Uni et très populaire au Canada grâce à la série Forever Knight, joue un de ses habituels rôles de méchant - ici Charles Macintyre, le patron de CMC Operations. Et Christopher Bolton est absolument terrifiant dans le rôle de Vincent Swain, peu bavard exécuteur des basses oeuvres.

CORPORATION CORRIDORS

« Brydon est sorti. Il ne veut pas rentrer dans notre jeu. »

L'intrigue de The State Within est admirablement construite, pleine de rebondissements, de faux-semblants et de surprises tout en restant implacablement cohérente, comme dans un roman de John le Carré ou de Frederick Forsyth. Elle s'inspire de la réalité géopolitique de ce début de siècle (« Ils vont probablement rater leur cible - Peu de chance, leur matériel vient de chez nous »), le Tyrgyzstan évoquant à la fois l'Irak et certaines républiques d'Asie centrale, mais aussi d'éléments politico-financiers connus. L'attentat du BAQ 113 fait douloureusement écho aux évènements du 11 septembre 2001 et Lynne Warner est une espèce d'étonnant mélange entre l'ancien Secrétaire d'Etat de l'administration républicaine Condoleeza Rice et l'ex-vice-président Dick Cheney. Même si physiquement elle ressemble un peu à la Démocrate Madeleine Albright.

« Tu as une idée du nombre d'habitants au Tyrgyzstan? » (Nicholas)

Armitage fait de toute évidence référence à une certaine compagnie américaine déjà inspiratrice de la Manchurian Global dans la version 2004 d'Un crime dans la tête (http://thierryattard.blogspot.com/2008/05/un-crime-dans-la-tete-2004.html). Plus intéressant, James Sinclair, le diplomate disgracié interprété avec finesse par Alex Jennings, est le portrait craché de Craig Murray. Murray est un ancien ambassadeur britannique en Ouzbékistan (http://www.guardian.co.uk/media/2006/nov/16/broadcasting) dont les mémoires, Murder in Samarkand, doivent devenir un film sous la direction de Michael Winterbottom. Toute ressemblance... et bien sûr « toutes les sociétés citées dans ce programme sont purement fictives », comme l'indique le DVD, que ce soit Armitage déjà citée, la firme de mercenaires CMC (« La privatisation de la guerre, c'est la nouvelle ruée vers l'or »), Data Dispatch, Centas Industries, IWN, etc.

Avec Affaires d'Etats (The State Within), Koba Films Vidéo nous propose une fois de plus en DVD une fiction télévisuelle de grande qualité, à la fois captivante, divertissante, hyper-réaliste et intelligente. Le coffret comporte l'intégralité de la série, en version française (3), version originale et version originale sous titrée, ainsi qu'un Making of. Celui-ci propose parmi différents entretiens une interview des deux scénaristes et des propos sympathiques de Sharon Gless (« Je suis contente pour Jason qui joue toujours les méchants. Là, c'est le héros ») et de Jason Isaacs (« Mais ça me change d'avoir la fille sans l'étrangler »). En outre le documentaire détaille le tournage du morceau de bravoure de l'épisode d'ouverture, à savoir l'attentat.

Une série absolument indispensable. Si vous ne l'avez pas encore fait et que vous en avez la possibilité, achetez donc dans la foulée State of Play - Jeux de pouvoir (http://kobafilms.fr/index.php?option=com_content&task=view&id=21&Itemid=47), avec John Simm et David Morrissey.

http://kobafilms.fr/index.php?option=com_content&task=view&id=344&Itemid=47
http://www.bbcamerica.com/content/193/index.jsp
http://www.independent.co.uk/news/people/profiles/passedfailed-an-education-in-the-life-of-craig-murray-former-ambassador-426322.html

(1) "Reconditionnés" en 7 épisodes pour l'international et le DVD, comme nous l'a précisé Delphine Bionne, de Koba Films Vidéo.
(2) « ... to scratch his balls » en VO. « Il est fait usage d'une expression imagée en VO (expression qui ne pouvait pas être transposée littéralement en VF) donc j'ai choisi de rendre l'idée originale par une expression française, imagée elle aussi, et véhiculant le même sens » explique François Dubuc, co-auteur de l'adaptation française de la série.
(3) De manière générale, espérer que les séries distribuées par la BBC soient mieux doublées restera malheureusement un voeu pieux, à deux exceptions près: MI-5 et Primeval. Cela dit le titre français de The State Within est excellent.