vendredi 10 juillet 2009

PÂLE MORCEAU D'OREILLE DE COCHON (SANS ARME ET DANGEREUX)

Remerciements spéciaux à Philippe Lombard (http://quantumofbond.blogspot.com/)

L'écrivain Warren Murphy l'a mentionné à ses "amis Facebook" avant-hier. Chiun, Maître de Sinanju, l'assassin le plus redoutable au monde, et l'entraîneur de ce "Pâle morceau d'oreille de cochon" (comme Chiun l'appelle) nommé Remo Williams sont - d'après Risky Biz, un blog du Hollywood Reporter - sur le point de revenir au cinéma (1).

Les personnages firent leur apparition au cours des années 1970 dans L'Implacable (The Destroyer), une série de livres initiée par Warren Murphy et Richard Sapir. Remo Williams, un flic de Newark, est accusé d'un crime qu'il n'a pas commis et il est condamné à mort. Mais il est sauvé de la chaise électrique pour devenir le défenseur impitoyable de la constitution des Etats-Unis, l'arme ultime du Président. Il travaille pour le terre à terre Dr Harold Smith, chef de CURE, et est entraîné par Chiun, maître assassin du village coréen de Sinanju.

Après les deux premiers livres, sembables dans le ton aux livres de la série L'Exécuteur (The Executioner), la série littéraire s'orienta vers ce qui est considéré comme les signes distinctifs de L'Implacable: l'humour - avec notamment l'addiction de Chiun pour ses "beaux drames de l'après-midi" (c'est à dire les soaps) et le vieux maître se comportant en parfaite "mère juive" à l'égard de Remo, la satire sociale, les parodies et les références à l'actualité du moment. En 1985, les aventures du duo furent adaptées pour la première fois avec Remo sans arme et dangereux (Remo Williams: The Adventure Begins/Remo unarmed and dangerous), avec Fred Ward dans le rôle de Remo, le grand Joel Grey (Cabaret) dans le rôle de Maître Chiun et Wilford Brimley dans celui de Harold Smith. En 1988, un pilote avec Jeffrey Meek en Remo Williams, Roddy McDowall dans le rôle de Chiun, et Stephen Elliott en Dr Smith, fut diffusé sur le réseau ABC. Mais seulement 15 minutes de ce pilote furent montrées sur la côte ouest des Etats-Unis avant que le reste ne soit préempté par un discours du président Reagan (2).

Malgré de très nombreuses différences avec les livres, le film de 1985 est aujourd'hui très justement considéré comme un classique, tout comme sa superbe bande originale composée par Craig Safan. On peut se demander pourquoi un tel trésor de la culture populaire contemporaine, avec tout le potentiel d'une énorme franchise cinématographique, a si rarement été adapté mais les lecteurs des livres ne se posent pas la question. Ils savent que des éléments de la série littéraire ont été pillés pendant plus de trente ans par le cinéma ou la télévision. Il est grand temps pour Hollywood de témoigner du respect à Remo, Chiun et à leurs créateurs.

Quelques humbles tuyaux aux producteurs du nouveau film de Remo Williams: n'atténuez pas l'humour et le ton des livres (et puis Remo n'est pas Bond), soyez fidèles à leur esprit et par dessus tout, consultez Warren Murphy. Warren Murphy est un des meilleurs auteurs de son temps, ne plaisantez pas avec le co-créateur d'une franchise littéraire révérée par de millions de lecteurs à travers le monde (certains ont essayé). En plus il a le numéro de téléphone personnel de Chiun. Oh, pas de "Star" pour Remo Williams et il faut un acteur très expérimenté pour Chiun.

Mathis Landwehr, artiste martial et acteur allemand, vedette du film The Challenge (http://thierryattard.blogspot.com/2008/04/challenge-le-dernier-elu.html) et de l'excellente série d'action concept Lasko - Die Faust Gottes (http://thierryattard.blogspot.com/2009/07/retour-aux-sources.html), est mon choix pour Remo. Stephen Tobolowsky ferait un fabuleux Docteur Harold Smith. Chiun? Joel Grey, bien sûr...

Voir aussi:

http://thierryattard.blogspot.com/2008/05/warren-murphy.html
http://thierryattard.blogspot.com/2008/04/remo-sans-arme-et-dangereux.html

(1) http://www.riskybusinessblog.com/2009/07/remo-williams-remake.html
(2) Unsold Television Pilots - 1955-1989, par Lee Goldberg (McFarland, 1990). Oui, LE Lee Goldberg. Un must pour tous les amateurs de séries télé ou les spécialistes (http://astore.amazon.com/adventuresint-20/detail/0595189644).

mardi 7 juillet 2009

RETOUR AUX SOURCES

Le premier moine télévisuel à flanquer des coups de latte depuis Kwaï Chang Caine et son meilleur ami épicurien peuvent-ils sauver le monde d'une organisation secrète cachée au Vatican et sauver en même temps l'avenir de la fiction télé allemande? Depuis le 18 juin, la chaîne RTL parie plus que du grand spectacle avec la nouvelle série d'action concept, la compagnie de Hermann Joha: Lasko - Die Faust Gottes . Et c'est franchement bon!

Action concept, la compagnie de production créée et dirigée par Hermann Joha, est entrée dans l'Histoire de la télévision allemande en 1996 quand Joha a pris en main la destinée d'une nouvelle série policière plutôt poussive produite par une autre société (il y travaillait sur les cascades) et l'a transformé en un genre à part entière, offrant aux télespectateurs L'Arme fatale et Piège de cristal chaque semaine. Le nom de la série: Alarm für Cobra 11 - Die Autobahnpolizeï (Alerte Cobra), elle existe toujours aujourd'hui. La même année est arrivé l'autre monument d'action concept, Der Clown (Le Clown), qui a donné un gros coup de vieux aux scènes d'action des James Bond ou des productions Joel Silver.

La série a été diffusée de 1998 à 2001 puis en 2005 Le Clown est devenu un long métrage cinéma exceptionnel. C'est alors que Hermann Joha a commencé à envisager l'expansion de sa compagnie vers le marché mondial, produisant des téléfilms à gros budget tournés en Anglais avec des distributions internationales. Action concept collabora même avec un des meilleurs scénaristes et producteurs de la télé américaine, Lee Goldberg (Fast Track: No Limits, 2008). C'est durant cette période qu'a émergé l'idée de Lasko, avec un ambitieux téléfilm de 2006 - servant aussi de "backdoor pilot" - appelé Lasko - Im Auftrag des Vatikans (Lasko - Death Train/Lasko - Le Train de la mort). L'artiste martial et acteur Mathis Landwehr (Kampfansage - Der Letzte Schüller/The Challenge - Le dernier élu, 2005) était Lasko - un ancien soldat devenu moine.

Malheureusement, les faiblesses de Death Train étaient pléthoriques: un casting international trop lourd, le très talenteux Arnold Vosloo jouant son Habib Marwan de 24, un script chargé de clichés. L'ensemble ressemblait à un épisode en deux parties de Walker Texas Ranger sans Chuck "The Chuckster" Norris et ses rares atouts étaient Landwehr, le fiable Stephan Bieker dans le rôle de Gladius, la scène de l'ambulance et les 15 dernières minutes du film. Alors pourquoi se donner la peine de regarder la série trois ans après? Parce que Lasko - Die Faust Gottes est 150% meilleur que son pilote. En fait, c'est une des meilleures séries allemandes de ces cinq dernières années avec GSG9 (GSG9: Missions spéciales, 2007-2008).

Frère Lasko est un moine très spécial. Il porte l'anneau de Pugnus Dei ("Le poing de Dieu" en Latin), un ordre monastique ancestral et secret qui lutte pour la justice. Lorsqu'un avion de ligne venant du Congo avec à son bord Sophia von Erlen (Simone Hanselmann) - agent du BKA - est dérouté par un groupe de terroristes et contraint de se poser sur une route au beau milieu de la campagne, Lasko se débarasse des assaillants avec la manière forte et sauve Sophia devant les unités anti-terroristes médusées. L'opération de détournement s'est déroulée sur ordre d'Ares, une loge occulte du Vatican, et maintenant Lasko et son loyal ami, l'épicurien et sympathique Frère Gladius, doivent combattre un nouvel et dangereux ennemi.

Avec Lasko - Die Faust Gottes, action concept retourne brillamment vers ses racines avec de l'action et de l'aventure très spectaculaires parfaitement intégrées dans des scripts efficaces emballés avec beaucoup de distance et d'humour. Mathis Landwehr est charismatique en Lasko et incroyable dans les séquences de combat (1), Stephan Bieker "vole" presque la série par sa présence comique dans le rôle de Gladius, héritier d'une longue lignée de fidèle acolytes depuis Frère Tuck jusqu'à Obelix et Bud Spencer. André Hennicke, acteur allemand de grande classe, est le patron du BKA après avoir joué le même genre de personnage dans GSG9. Le concept of du moine guerrier des temps modernes a été durement retravaillé et ça se voit: la loge Ares, une organisation secrète à la DaVinci Code, est une excellente addition.

Le Lasko nouvelle manière arrive à un moment où la fiction télévisuelle allemande est en très mauvais état, alors que les télespectateurs locaux préfèrent les séries policières américaines. C'est un test pour les réseaux de télévision en Allemagne ainsi que pour la compagnie de Hermann Joha. Lasko - Die Faust Gottes une excellente manière de passer un jeudi soir devant la télé allemande, c'est un nouveau joyau à ajouter à la couronne d'action concept après Alerte Cobra 11 et Le Clown. La série est bien jouée, bien filmée - les paysages sont magnifiques (Lasko va certainement "booster" le tourisme sur les lieux de tournage), bien écrite et la musique est très bien.

More than Entertainment... Plus que du grand spectacle. Un état d'esprit.

P.S.: Espérons que le doublage ne fera pas injure à la série. Rappelons qu'Agent Double, la société qui double Alerte Cobra, fait de l'excellent travail. Que la version française de Lasko lui soit confiée serait tout naturel.

http://www.telepool.de/(S(lutovu451bjuxu3yr4pxer45))/movie.html?ID=de4ac8ce-83f8-47c2-b83f-135e3e4c7c04&SalesTypeID=&ListBack=search.html&Page=&Extended=1
http://www.rtl.de/tv/tv_984827.php (En Allemand)
http://www.youtube.com/watch?v=q7b4jp-DZKc (Promo)

(1) Warren Murphy ne serait certainement pas d'accord mais je crois fermement depuis The Challenge que Mathis Landwehr ferait un extraordinaire Remo Williams. Dans le passé votre humble serviteur a même tenté de suggérer à action concept l'idée d'acheter les droits des romans de L'Implacable (The Destroyer) pour une adaptation.

Voir aussi:

http://thierryattard.blogspot.com/2008/06/hermann-joha.html
http://thierryattard.blogspot.com/2008/04/le-clown-le-film_4936.html
http://thierryattard.blogspot.com/2008/04/challenge-le-dernier-elu.html
http://thierryattard.blogspot.com/2008/05/friedrich-wildfeuer-karsten-rhle.html

(C) Thierry Attard

lundi 6 juillet 2009

"ENCORE UN FILM TIRE D'UNE VIEILLE SERIE TELE"

« Il y a des tas de séries télé qui feraient de grand films, mais ce n'est pas le cas de HOOKER » écrit Lee Goldberg sur son blog (1) après un article de Variety concernant un futur remake cinématographique de Hooker (T.J. Hooker) (2). T.J. Hooker, une série Spelling/Goldberg diffusée aux Etats-Unis entre 1982 et 1986, avait pour vedette William Shatner dans le rôle-titre: un vétéran de la police en patrouille avec son jeune co-équipier, Romano (Adrian Zmed). Une toute jeune Heather Locklear jouait dans la série.

Chuck Russell, le réalisateur de The Mask devrait diriger le film, qui sera une comédie d'action (« C'est... Showtime! »). « Et après, Diagnostic Meurtre? » demande Lee. Ce qui est vraiment drôle en l'espèce c'est que parfois la vie imite l'art. Certains d'entre vous, fidèles lecteurs, se souviennent peut-être de la scène d'ouverture du fantastique film Charlie's Angels (2000): un terroriste joue les bombes humaines à bord de la Première classe d'un avion de ligne et une des filles, déguisé en grand afro-américain, s'assied à côté de lui. Sur un énorme écran passe un film pour les passagers... T.J. Hooker The Movie! Le "grand afro-américain" soupire et dit: « Encore un film tiré d'une vieille série télé ».

Nuff said. Rien à ajouter.

(1) http://leegoldberg.typepad.com/a_writers_life/2009/07/whats-next-diagnosis-murder.html
(2) http://www.variety.com/article/VR1118005660.html?categoryid=10&cs=1&nid=2248

samedi 4 juillet 2009

QUI A TUE ROBIN?

La BBC a décider d'annuler Robin des Bois (Robin Hood) après trois saisons, 39 épisodes, et un final tragique suivi par moins de deux millions de télespectateurs (ce qui n'est pas la seule chose tragique, il y a aussi des personnages qui meurent...) « Cette décision est le signal de la fin d'une brève renaissance en matière de séries familiales du samedi soir dans le sillage du revival à succès de Doctor Who sur BBC1, lancé il y a quatre ans » écrit l'excellent site internet du non moins excellent journal The Guardian (http://www.guardian.co.uk/media/2009/jul/02/robin-hood-bbc-tv-drama).

« La plupart des séries du samedi soir qui sont supprimées seront remplacées par des "talent shows" et de la télé réalité, qui attirent de grosses audiences et coûtent moins cher à fabriquer » poursuit The Guardian, qui cite deux des échecs majeurs d'ITV cette année, Demons et Primeval, avec Who et Robin des Bois, comme des séries "supposées marquer un retour aux jours glorieux de la télévision, lorsque les familles se réunissaient le samedi soir pour regarder des séries britanniques". En réalité ce que l'on retiendra surtout de Demons c'est un fiasco créatif et le gâchis total du talent incommensurable de Philip Glenister. Et la fin du coûteux Primeval après une médiocre saison 3, parallèlement au renouvèlement de Lewis, est un signal qu'ITV veut une offre en séries dramatiques plus petite mais de meilleur qualité, et laisse le "f word" à la BBC. On parle là du mot "Franchise", bien sûr.

Soyons réalistes, Robin des Bois avait son lot de problèmes: les audiences, le tournage en Hongrie, sa star quittant la série, le fait que c'était loin d'être Robin of Sherwood (1984-1986) dans un genre qui ne sera plus le même après Krod Mandoon and the Flaming Sword of Fire. Et sa création dans le sillage de la franchise Doctor Who, comme Merlin. Il semble même que l'hypothétique quatrième saison de Robin Hood était censée être encore plus proche de Who en terme de conception, avec la consultation par la Beeb de la scénariste Sally Wrainwright: « La BBC m'a demandé de m'occuper de Robin Hood comme Russell [T. Davies] le fait sur Doctor Who » a déclaré la créatrice de At Home With the Braithwaites (2000-2003) à The Stage (http://www.thestage.co.uk/news/newsstory.php/23033/exclusive-wainwright-to-reinvent-bbcs).

Tehcniquement au moins, Robin Hood et Merlin ne sont pas des remakes mais plutôt la "réinvention" (encore ce mot...) de vieux mythes, mais avant que la récession ne calme les projets visant à reproduire les profits de la version moderne de Doctor Who, la tendance était la recherche frénétique dans tous les catalogues en quête de la nouvelle vache à lait gallifreyenne. Sans les limitations budgétaires il y aurait déjà tous les revivals possibles et imaginables: un Département S avec Stephen Fry en Jason King enquêtant sur des affaires à mi-chemin entre Les Experts et Fringe. Robert Glenister en John Steed dans une réinvention de Chapeau melon et bottes de cuir. Ou Grant Show en Billie Piper dans Dempsey & Makepeace (avec Ross Kemp dans le rôle de Spikings)... Les possibilités étaient infinies.

« La récession entraine la fin de la renaissance des séries télé », écrit The Guardian. En vérité la quête pour des séries "franchisables" freinait déjà la créativité de la fiction télévisuelle au Royaume-Uni. Peut-être que Torchwood: Children of Earth et son histoire en cinq épisodes nous montrera que "moins" égal "plus" en ces temps de récession. La télévision britannique est le foyer de Martina Cole's The Take ou de The Fixer. Il n'y a pas encore de figurine à l'effigie de John Mercer mais ces deux séries ne jouent pas dans la catégorie "fun pour toute la famille". Le public de la télé du samedi soir au Royaume-Uni a besoin d'une nouvelle série strictement originale, pas d'une série franchisable visant les revenus des licences de Doctor Who.

Voir aussi:

http://thierryattard.blogspot.com/2009/06/calling-elvis.html
http://thierryattard.blogspot.com/2009/06/gardons-foi-en-itv.html
http://thierryattard.blogspot.com/2009/06/primeval-sous-la-terre-des-geants.html
http://thierryattard.blogspot.com/2009/02/doctor-who-writers-tale-bbc-books.html

jeudi 2 juillet 2009

HARRY DANS TOUS SES ETATS

En mars dernier nous avons eu l'occasion de vous parler d'une série policière allemande appelée Mord in bester Gesellschaft, à la suite d'un article paru sur le blog de nos amis de La Gazette du doublage (1).

LA DECONSTRUCTION D'HARRY

Cet article nous expliquait que Daniel Gall, comédien émérite et grande figure du doublage français, n'avait pas été distribué vocalement sur Fritz Wepper pour la VF. Daniel Gall doublait Wepper depuis la série Inspecteur Derrick, où l'excellent acteur allemand interprétait Harry Klein - rôle qu'il avait créé pour la série Der Kommissar (http://thierryattard.blogspot.com/2008/12/horst-tappert-1923-2008.html)

La chaîne Paris Première, filiale de M6, vient d'entamer la diffusion de Mord in bester Gesellschaft sous le titre de Meurtres en haute société, et comme l'indiquait La Gazette, c'est effectivement le comédien Jean Roche, artiste en doublage expérimenté (également directeur de plateau et adaptateur), qui double Fritz Wepper. La série, qui présente des enigmes policières de facture classique, n'est pas désagréable et rappelle Les enquêtes du Professeur Capellari (Die Verbrechen des Professor Capellari, 1998-2004). Wepper y interprète un psychiatre renommé doublé d'un détective amateur. Sa fille est interprétée par la propre fille de Wepper.

VOX POPULI...

Mais en l'espèce c'est le doublage, plus précisément le choix de la voix française de Wepper, qui nous intéressait et en mars nous écrivions: « Pour ce qui concerne les raisons supposées de ce choix nous vous conseillons de vous rapporter au blog de La Gazette. En revanche, sur un plan strictement artistique et sans remettre en cause le talent et l'expérience de Jean Roche, nous aurons bien du mal à ne pas entendre la voix de Daniel Gall sur Fritz Wepper ». Ce sentiment se confirme malheureusement à l'écoute de l'épisode en Français.

Le suivi de la continuité des voix par les chaînes françaises de télévision, considéré comme une bonne chose par le grand public et apprécié diversement par les amateurs de doublage ou les professionnels, semble emprunter parfois des chemins surprenants: ainsi Jacques Balutin peut doubler de nouveau l'acteur américain John Schuck dans un épisode de New York District/New York Police Judiciaire (Law & Order) après l'avoir doublé en 1976 dans Holmes et Yoyo - série qui aussi sympathique fut-elle n'a pas marqué l'Histoire de la télévision. Hélène Chanson, comédienne française, suit Julianna Margulies depuis Urgences et la double dans la très oubliable série Canterbury's Law, qui est doublée en Belgique avec des comédiens belges.

Mais un acteur de la trempe de Fritz Wepper, renommé ici pour ce classique de la télévision qu'est Derrick, peut ne pas être doublé par Daniel Gall, comédien français dont on admettra volontiers que la voix "fonctionne" magnifiquement sur Wepper. La version française de Meurtres en haute société a été réalisée chez Synchro France, l'adaptation est de Aurélia Mathis et la direction de Roger Lumont. Avec: Jean Roche (Winter), Bénédicte Bosc (Alexandra), etc...

http://www.paris-premiere.fr/

(1) http://thierryattard.blogspot.com/2009/03/meurtre-dans-la-bonne-societe.html

mercredi 1 juillet 2009

FUTUR TRES IMMEDIAT

Ca ne sera absolument pas une surprise pour les lecteurs de ce blog [J'ai promis que je n'emprunterai plus le "Toldja!" de Nikki Finke donc ceci fera l'affaire]: Sci Fi (bientôt rebaptisé SyFy) développe un remake de Futur immédiat (Alien Nation). Une réinvention, comme on dit maintenant. En mai votre humble scribe écrivait: « Les monuments devraient rester intouchables, et si [ce] V est un hit attendez vous à Alien Nation 2010 » (http://thierryattard.blogspot.com/2009/05/ce-nest-quun-film-ingrid-episode-7.html). Certains n'ont pas attendu...

Alien Nation fut d'abord un film de 1988 (Futur Immédiat, Los Angeles 1991) réalisé par Graham Baker et écrit par Rockne S. O'Bannon, avec James Caan and Mandy Patinkin jouant un duo improbable de policiers: un humain vétéran franc-tireur de la police et un détective extra-terrestre dans un Los Angeles où des aliens se sont intégrés dans notre société mais sont victimes de discrimination. En 1989 20th Century Fox television et Kenneth Johnson (V) produisirent une série télé adaptée du film pour le réseau Fox, mais Fox annula la série après seulement une saison. En avril 1991, le mythique magazine Epi-Log écrivait: « Quelqu'un a t-il déjà songé à asperger les bureaux de Fox Network avec de l'eau salée? » (1) La chair des extra-terrestres d'Alien Nation se désintégrait au contact de l'eau salée et ils devenaient ivres en buvant du lait caillé.

De 1994 à 1997 Futur immédiat devint une série de téléfilms. Et maintenant, Tim Minear - un expert en science-fiction - travaille sur une "réinvention" pour SyFy/Sci Fi, et Fox 21 (2). Variety donne des détails: « Le nouveau Alien Nation se déroulera vraissemblablement dans le nord-ouest du Pacifique, et se passera environ 20 ans après que le premier vaisseau des extra-terrestres - qui ont été bannis en tant qu'esclaves - se soit posé en catastrophe sur la Terre. Au moment où la série commence, dans les années 2020, la population alien est passée de quelques milliers à 3,5 millions. Et beaucoup des "nouveaux arrivants" vivent en vase clos, dans ce que Minear compare [nous citons toujours Variety] aux ghettos nord-africains en France ». Les "ghettos nord-africains en France"?! Euh, cette remarque nécessite peut-être quelques précisions.

Sci Fi veut un successeur à Battlestar Galactica. « Le timing est absolument parfait pour ce type de série » dit Chris Carlisle, president of Fox 21 (3). Nous n'en doutons pas, maintenant Sony peut faire un remake du Monstre évadé de l'Espace (Something is out there,1988). Le Xenomorphe les écrase tous, en fait ils les dévore tous.

(1) Epi-Log #7, Juin 1991.
(2) (3) http://www.variety.com/article/VR1118005577.html?categoryid=14&cs=1&nid=2562

JACK SORT SES GRIFFES

La troisième saison de Torchwood, la série dérivée de Doctor Who, démarre sur BBC1 la semaine prochaine en tant que Torchwood: Children of Earth - la mini-série évènement. Cinq épisodes d'une heure - soit huit de moins que pour les saisons précédentes, l'année dernière sur BBC2 et avant ça sur BBC3. Les fans avaient fait part de leur étonnement à l'annonce de ce choix de format par la BBC, mais alors que le 6 juillet approche et que les spoilers arrivent (http://www.digitalspy.co.uk/tv/a162535/ten-torchwood-teasers.html), les espoirs sont aussi grands que l'impatience.

Mais John Barrowman, qui interprète le capitaine Jack Harkness dans Torchwood accuse la Beeb de "punir" la série: « Ces cinq épisodes, la mini-série comme je les appelle, sont incroyables - Je n'ai aucun doute là-dessus - mais personnellement, j'ai pris ça comme si nous étions punis. D'autres séries sont passées de BBC3 ou 2 à la 1, sans voir le nombre d'épisodes réduit pour autant. Alors pourquoi nous? On dirait que chaque fois que nous sommes déplacés nous devons faire nos preuves » déclare Barrowman dans le Radio Times de cette semaine (http://www.guardian.co.uk/media/2009/jun/30/doctor-who-torchwood-john-barrowman)

Un porte-parole de la BBC a dénié le fait que Torchwood serait "puni": « Nous voulions créer un évènement fort pour le passage sur BBC One et nous avons discuté avec les responsables de la série d'une histoire qui pourrait être diffusée sur cinq jours consécutifs » (http://www.digitalspy.co.uk/cult/a162764/barrowman-felt-punished-by-torchwood-cut.html). Alors, coup audacieux ou erreur fatale? Est-ce que le format de la mini-série est motivé par une programmation de prestige ou par les réalités économiques? Probablement les deux, mais cinq épisodes n'est pas un choix choquant pour une saison au Royaume-Uni et parfois faire court est mieux que les 22 épisodes habituellement pratiqués aux Etats-Unis (avec la moitié d'inutiles). Torchwood: Children of Earth a l'air prometteur(http://www.digitalspy.co.uk/cult/a162087/how-good-is-the-new-torchwood-find-out.html) et le contenu de Torchwood semble moins affecté par des questions extérieures au programme que Doctor Who et la fin laborieuse de l'ère RTD/David Tennant.

« Je suis un peu politique, là, et j'aurai probablement des ennuis pour ça » dit John Barrowman. Le capitaine Jack ne peut pas mourir... n'est-ce pas?

http://www.youtube.com/watch?v=CxmOtaiDSys&feature=related

Voir également: http://thierryattard.blogspot.com/2009/02/doctor-who-writers-tale-bbc-books.html

lundi 29 juin 2009

LA BELLE ET LA BÊTE - SAISON 1 (KOBA FILMS VIDEO)

Jeune avocate dans la firme de son père, Catherine Chandler vit à New York, où elle mène une vie mondaine à l'opposé des ses qualités de coeur. Victime d'une agression, elle est laissée pour morte en plein Central Park. Recueillie par le ténébreux Vincent, elle est soignée par son sauveur au sein d'une communauté dirigée par le père adoptif de ce dernier et qui vit dans des tunnels sous la ville. Elle va découvrir que Vincent est aussi exceptionnel que les lieux qui l'abritent.

Bien avant la saga Twilight ou l'excellent True Blood, la série La Belle et la Bête (Beauty and the Beast, 1987-1990) s'illustra comme un des fleurons du romantisme fantastique. Après s'être imposé comme l'éditeur de référence de la fiction télévisuelle patrimoniale française, Koba Films Vidéo (http://thierryattard.blogspot.com/2009/03/royale-koba.html) a su avec audace sortir le meilleur de "la nouvelle fiction télé britannique" et propose depuis quelques temps de redécouvrir de grandes oeuvres de la télévision US. Sa démarche éditoriale cohérente n'exclut pas quelques "coups": ainsi la sortie DVD de Torchwood a marqué les esprits par la qualité des coffrets proposés. Et voici que Koba s'illustre de nouveau avec ce grand classique de la fiction télé américaine qu'est La Belle et la Bête.

IL ETAIT UNE FOIS... DANS LA VILLE DE NEW YORK

« Nous sommes sous la ville, sous le métro. Il y a tout un monde de tunnels dont les gens ignorent l'existence. Il n'existe pas de carte de l'endroit ou nous sommes. C'est un endroit oublié mais il y fait chaud, on y est en sécurité et nous avons toute la place nécessaire. Alors nous y vivons, nous essayons d'y vivre. » (Vincent)

La genèse de la série La Belle et la Bête remonte à un diner au cours duquel Kim LeMasters, alors président de CBS Entertainment, confie à un ami son admiration pour La Belle et la Bête, le film de Jean Cocteau (1946). Il demande à Ron Koslow, le scénariste du film Série noire pour une nuit blanche (Into the Night, 1985) de transformer ce classique du cinéma en série télévisée (1). Koslow transpose l'histoire dans un contexte contemporain fait de la Bête un héros romantique urbain. Il y ajoute une idée inspirée par la lecture d'un article sur des gens vivant sous l'hôtel Waldorf Astoria à Manhattan et se nourissant des restes des repas préparés par l'hôtel (2). En faisant des recherches, il apprend la présence de plus de 500 kilomètres de tunnels sous la ville de New York.

Ron Koslow imagine les deux personnages principaux de La Belle et la Bête en ayant à en tête l'actrice Linda Hamilton, qui dans Terminator (The Terminator 1984) jouait une jeune femme vulnérable endurcie par les circonstances, et l'acteur Ron Perlman, formé au théâtre classique et remarqué dans ses deux premiers films (La Guerre du feu, 1981 et Le nom de la rose, 1986) pour sa capacité à s'exprimer au travers de maquillages très élaborés. Car le maquillage de la Bête est la clé de la crédibilité de la série. Rick Baker, un des maîtres de cet art, est chargé de le concevoir.

« Lorsque vous devenez un acteur "commercial" qui travaille au cinéma et à la télévision les opportunités de jouer les classiques sont rares. Jouer la Bête était un retour à la tradition théâtrale de la Renaissance » explique Ron Perlman (3). « Je me suis trouvé sur la chaîne la plus commerciale des Etats-Unis, CBS, en prime-time, à jouer ce rôle mythique et classique au physique très particulier et à la force décuplée ». Linda Hamilton apprécie également l'opportunité artistique: « C'est une histoire d'amour de style gothique, avec pleins d'obstacles sur le chemin, et Vincent est un personnage finalement très sexy!» (4) Le très talenteux Roy Dotrice, né à Guernesey, impressionnant interprète du sinistre Troyan dans l'éphémère série Le Magicien (The Wizard, 1986), est engagé pour jouer le rôle de Père. Alias Jacob Wells, le père adoptif de Vincent.

« Elle appartient à un monde où richesse et pouvoir règnent en maître » mais Catherine Chandler ne s'y épanouit pas (« Quant je pense au droit commercial stimulant n'est pas le mot qui me vient à l'esprit »). Elle est fiancée au meilleur client de son père, le très superficiel Tom Gunther (Ray Wise - les fans de Reaper apprécieront) et sa vie remplie de mondanités la frustre de son empathie naturelle. Sa rencontre avec Vincent après une agression particulièrement cruelle marque le début de sa longue métamorphose. Dans le Monde d'En-bas, elle apprend les joies les plus simples, telle l'écoute la lecture des Grandes Espérances de Charles Dickens par Vincent, mais également l'acceptation de la différence, après sa première réaction à la vue du visage de son sauveur (« Jamais je n'ai regretté d'être comme je suis. Jusqu'à aujourd'hui »).

UN CONTE DE DEUX MONDES

« J'ai vu votre monde, je n'ai pas ma place ici. Je sais ce que je suis. Votre monde est habité par la peur et je rappelle aux hommes leurs plus grandes frayeurs.
- Leur propre ignorance.
- Leur solitude.» (Vincent)


De retour dans son monde, Catherine Chandler prend des cours d'auto-défense auprès du sympathique Isaac Stubbs (la légende de la Blaxploitation Ron O'Neal dans le pilote, puis Delroy Lindo) - « Ici on est à New York alors moi j'apprends le combat de rue de New York qui est méchant est dégueulasse » - puis elle va travailler au bureau du procureur. Vincent ne peut accepter l'idée de l'oublier malgré les réserves bienveillantes de Père, fondateur de la communauté des tunnels et père adoptif de Vincent.

« Je la connais presque autant que moi, je sais tout ce qu'elle ressent. Je sais ce qu'elle pense. Lorsqu'elle a peur, lorsqu'elle est heureuse, triste... » mais il se résout à de poignants adieux à Catherine sur le balcon de l'appartement de celle-ci. Le lien qu'il y a entre eux est néanmoins plus fort que les mondes qui les séparent et lorsque la vie de Catherine est de nouveau menaçée, Vincent traverse la ville pour la sauver. « Je fais partie de vous, Catherine. Comme vous faites partie de moi. Où que vous alliez, où que vous soyez, je serai avec vous . »

La Belle et la Bête, dont le pilote est écrit par Ron Koslow et réalisé par l'habile artisan australien du thriller Richard Franklin (Psychose II, Link) est une des créations les plus originales de la fin des années 1980 avec son dosage savant entre le conte de fée moderne et la série policière plus fédératrice. C'est d'ailleurs toujours sous le règne de Kim LeMasters à CBS, que démarre à la même période Un Flic dans la Mafia (Wiseguy, 1987-1990), autre grand classique de l'époque.

Sans doute les responsables de CBS envisagent-ils une approche conventionnelle de cette nouvelle version de La Belle et la Bête, avec Vincent sauvant Catherine au dernier acte de chaque épisode. « La communauté des tunnels et le monde d'En-bas, Vincent et ses origines... les divers éléments fantastiques. Voilà ce qui m'intéressait » (5) explique Ron Koslow, qui ne veut pas d'une énième série d'action/aventure à gimmick. Deux ans après le réseau ne donnera pas suite à un excellent pilote appelé Le Calice de Jade (Nick Knight), écrit par James D. Parriott, dont le personnage est un vampire policier (6).

LE JUSTICIER DES TENEBRES

« Vous êtes d'une rare générosité, Catherine.
- Quelque chose qui me vient de vous.
- Non, ça ne s'apprend pas. On le porte en soi. »
(Vincent et Catherine)


Ron Koslow engage comme scénariste principal le romancier de science-fiction George R.R. Martin, dont le travail sera essentiel: « Koslow était [aussi] très généreux . C'est lui qui était à l'origine de la vision initiale mais il y avait encore beaucoup de place pour créer; pour que les autres auteurs ajoutent des choses à cette vision, pour qu'ils ne se bornent pas à executer cette vision mais pour qu'ils puissent apporter leur propre contribution » (http://www.qusoor.com/Essays/Martin.htm). Martin, mais également David Peckinpah, ainsi que le tandem Howard Gordon et Alex Gansa (qui travailleront plus tard sur X-Files ou 24), vont parachever l'aspect social et la dimension fantastique de la série ébauchés par Ron Koslow dans le pilote.

« Je veux que vous sachiez que je veillerai sur lui. » (Catherine à Père)

La première moitié de la première saison de La Belle et la Bête développe la relation entre Catherine Chandler et Vincent dans le contraste en le monde d'En-haut, brillante mais dangereuse New York aux mille périls et tentations, et l'harmonie du monde d'En-bas, dirigé avec sagesse par Père, Jacob Wells, dont le douloureux passé l'a contraint à quitter le monde d'En-haut il y a longtemps. « Ce que je t'ai enseigné sur le monde d'En-haut était dans le but de te protéger et c'était aussi pour m'aider à oublier » explique Jacob à son fils adoptif.

CBS ne voulait pas que les tunnels soient peuplés. Les scénaristes développent pourtant des personnages attachants tels que le bourru mais loyal Winslow (James Avery, avant Le Prince de Bel Air), le fidèle Pascal (Armin Shimerman) et le jeune Mouse (David Greenlee), génie de la mécanique qui a un peu de mal à intégrer les règles de vie en communauté, à fortiori celles d'En- haut. « Tous les gens d'En-haut volent. C'est pas comme ici » dit-il pour se justifier, car la tentation de se servir en matériel pour un but aussi noble soit-il est grande pour le jeune garçon.

Pour Catherine Chandler, les tentations du monde d'En-haut se manifestent en la personne d'Elliot Burch (Edward Albert, fils du comédien Eddie Albert, un remarquable acteur trop tôt disparu), le promoteur immobilier millionaire. Philanthrope, Burch est parti de zéro pour arriver aux sommets de la réussite. Il est séduisant, complexe, sincère dans ses sentiments pour Catherine mais ne recule devant rien en affaires quitte à le regretter quand elle le met devant le fait accompli en tant que membre de l'équipe du procureur ou bien à titre personnel

SHAKESPEARE IN LOVE

« Shakespeare comprend toute chose. » (Vincent)

L'idéal de la communauté des Tunnels, un monde de paix où les habitants travaillent pour le bien commun et se cultivent durant leurs loisirs a les limites de l'utopie que pose la nature humaine. Esquissée avec le personnage de Mitch, un ancien habitant du monde d'En-bas corrompu par la ville de New York au point de devenir un racketteur (« C'est la loi de la jungle. Ne me dis pas que ça n'évoque rien pour toi »), cette réalité caractérise la deuxième moitié de la première saison, avec l'introduction par les scénaristes Howard Gordon et Alex Gansa du sinistre Paracelsus. De son vrai nom John Pater, ce scientifique et philosophe est en fait le co-fondateur de la communauté mais a été banni par Père, son meilleur ami, après qu'il ait tenté de devenir le maître absolu des tunnels (« Nous aurions pu être des dieux, toi et moi »).

« Je n'ai pas peur de vous.
- Ca va venir. »
(Catherine et Paracelsus)


Mégalomane psychopathe et manipulateur, Paracelsus connait le secret de l'origine de Vincent et compte bien lui faire perdre sa part d'humanité au profit de son côté sauvage, qui ne se manifestait véritablement jusque-là que lorsque Catherine était en danger. Méchant récurrent de la série, Paracelsus est interprété par Tony Jay, né à Londres et ex-membre de la Royal Shakespeare Company à la voix de baryton particulièrement appréciée. Ce personnage nietzschéen partage avec le Murdoc de la série MacGyver un sens théâtral digne du Fantôme de l'Opéra.

Avec la série La Belle et la Bête, Koba Films Vidéo propose un chef d'oeuvre absolu de la télévision américaine des années 1980 servi par de très grands professionnels. Les décors ont été imaginés par le sont l'oeuvre du vétéran John B. Mansbridge, qui a travaillé pour Disney. Ceux du monde d'En-bas (la galerie des murmures, l'escalier en colimaçon, la chambre des vents, etc...) sont absolument sublimes. La magnifique musique est de Lee Holdridge et la série est l'occasion de revoir des visages familiers, tels que celui du compositeur et acteur Albert Hague, qui fut le sympathique professeur Shorofsky dans la série Fame (1982-1987), d'Eric Pierpoint (futur George Francisco de la série Alien Nation), de John Amos (Racines) ou de Bruce Abbott - alors marié avec Linda Hamilton.

Jamais le romantisme et la poésie (qu'elle soit visuelle ou sous forme de mots) n'auront trouvé terrain aussi favorable sur un grand réseau américain. Shakespeare n'est pas loin, dans les scènes de balcon, dans celles entre Vincent et Père, ou la lecture d'un sonnet. Mais d'autres auteurs sont cités ou récités: William Wordsworth, Rainer Marie Rilke, ou Coleridge et son poème Kubla Khan. « Le monde est petit » dit Devin à Vincent, le monde d'En-haut sans doute mais le monde d'En-bas n'a pas révélé tous ses secrets (« Si je ne me trompe cette partie du territoire n'est pas sous ton contrôle» dit Paracelsus à père).

Venez donc découvrir ou redécouvrir une des plus belles histoires d'amour jamais racontées. La saison 1 de La Belle et la Bête est sortie le 8 avril 2009, la saison 2 le 10 juin. Koba Films Vidéo nous les propose dans des éditions visuellement magnifiques, une constante chez cet éditeur. D'ailleurs, si vous en avez la possibilité et si ce n'est déjà fait offrez vous également les adaptations de Jane Austen sorties chez eux, et dont La Belle et la Bête est le pendant américain naturel dans le catalogue de la maison.

http://kobafilms.fr/index.php?option=com_content&task=view&id=340&Itemid=47

(1) (4) Alain Carrazé et Jean-Jacques Schleret, Les Grandes séries américaines de 1970 à nos jours (Huitième Art).
(2) (5) Christophe Petit, Quand une Belle chasse l'autre. (Génération Séries N°17, Avril-Mai-Juin 1996).
(3) Destination Séries, Canal Jimmy (26 juillet 1996). A quand une sortie DVD de ces fabuleuses émissions? Oui, je sais....
(6) Il faudra attendre trois ans pour que CBS diffuse confidentiellement une série basée sur ce pilote. A savoir Le Justicier des ténèbres (Forever Knight, 1992-1996), une série géniale tournée au Canada avec un casting différent de celui du Calice de Jade et qui a quelques points communs avec La Belle et la Bête.

jeudi 25 juin 2009

CALLING ELVIS

Deux articles intéressants sur les sites de The Daily Mail et de The Daily Telegraph, et non il ne s'agit pas d'un nouvel épisode de la délectable saga des notes de frais - qui ferait passer la trilogie Château de cartes pour une histoire de Oui-Oui. Gerry Anderson, 80 ans, co-créateur de la série de marionnettes Les Sentinelles de l'Air (Thunderbirds, 1965-1966) est très désireux de faire un remake de ce classique mais n'arrive pas à convaincre Michael Grade, président d'ITV - propriétaire de la série via ITV Global Entertainment (1), de le laisser acquérir les droits du programme(http://www.telegraph.co.uk/culture/tvandradio/5617959/Thunderbirds-remake-hits-buffers-over-rights-wrangle.html).

Bien sûr, le Thunderbirds original racontait les aventures d'une organisation appelée Sécurité Internationale (International Rescue), créée par l'ex-astronaute Jeff Tracy pour aider les personnes en grave danger grâce à une technologie avancée et de spectaculaires véhicules futuristes appelés Thunderbirds. Les machines étaient pilotées par les fils de Tracy et IR était souvent assistée de la très aristocratique agent secret britannique Lady Penelope Creighton-Ward et son fidèle majordome Parker. Parker était également le chauffeur de la voiture de Lady Penelope, une Rolls Royce à six roues ultra-gadgétisée.

Les 32 épisode de 50 minutes (ou 64 de 25 minutes) de Thunderbirds étaient produits par AP Films, la compagnie de Gerry Anderson, pour ATV et distribués par ITC Entertainment, la compagnie de Lew Grade. Au sommet de sa popularité, Les Sentinelles de l'Air donna naissance à deux films distribués par United Artists (à l'époque distributeur de la franchise 007). Référencé, parodié, ou imité un nombre incalculable de fois, Thunderbirds est plus qu'un classique, c'est une part du patrimoine culturel britannique, à l'instar de nombreuses séries de Gerry Anderson. Malheureusement, Anderson a vendu les droits qu'il avait sur ses titres il y a fort longtemps à une époque où la VHS commerciale ou les DVD étaient au-delà de toute imagination.

« Je ne demande pas à Grade de financer - Je peux faire ça » dit Gerry Anderson au Daily Mail (http://www.dailymail.co.uk/news/article-1195057/Thunderbirds-NOT-ITV-reject-relaunch-plan.html). « Il dit tout le temps qu'ITV est dans un triste état faute de suffisamment de publicité - mais Thunderbirds attirerait une masse considérable d'annonceurs, et serait le rival parfait de Doctor Who, qui passe sur la BBC ». Anderson estime à 15 millions de livres sterling le prix d'une nouvelle série, réalisée en images de synthèse.

Depuis l'annulation de Cosmos 1999 (Space: 1999, 1975-1977), il a réussi plusieurs fois à trouver des finacements pour ses divers projets grâce à différents partenariats qui ont mené à des séries comme Terrahawks (1983), l'excellent mais ignoré Space Precinct (1994-1995) ou Gerry Anderson's New Captain Scarlet (2005) un très bon revival en images de synthèse de son cultissime Captain Scarlet and The Mysterons (1967), malheureusement maltraité par ITV.

Gerry Anderson déclare qu'ITV cherche à faire un remake de Thunderbirds mais sans lui. En fait un remake cinématographique d' Alerte dans l'espace (UFO), une autre production d'Anderson, a été annoncé à Cannes par le magnat d'Hollywood Robert Evans (http://tattard2.blogspot.com/2009/05/alien-stays-in-picture.html), donc il n'est pas déraisonnable de croire qu'ITV Global Entertainment cherche le meilleur moyen de créér un nouvel intérêt autour des autres "marques" de l'époque Anderson/ITC. Mais l'échec du film live des Thunderbirds (dans lequel Gerry Anderson n'était pas impliqué), avec son traitement à la Spy Kids, exclut un nouveau projet cinéma.

L'état actuel de la télévision britannique pèse sur la perspective d'une nouvelle version des Sentinelles de l'Air, particulièrement après l'annulation du très couteux Primeval (http://thierryattard.blogspot.com/2009/06/primeval-sous-la-terre-des-geants.html). Le renouvèlement de Lewis pour une quatrième saison(http://thierryattard.blogspot.com/2009/06/gardons-foi-en-itv.html) est le signe clair qu'ITV souhaite se recentrer sur des fictions moins nombreuses mais de meilleure qualité. Et pas sur des franchises couteuses se mesurant à Doctor Who et pour lesquelles le réseau devrait partager les retours financiers avec d'autres partenaires.

Mais hors considérations économiques, Gerry Anderson mérite son revival de Thunderbirds....

P.S.: Notre ami François Justamand, rédacteur en chef du site La Gazette du doublage (http://www.objectif-cinema.com/rubrique.php3?id_rubrique=0168) prépare un article sur le doublage de Thunderbirds qui promet d'être intéressant. Nous vous en reparlerons.

(1) http://www.int.granadamedia.com/sf/asp/content/content.asp?parent_id=1§ion_id=15

NIKKI DE NOUVEAU EN ACTION

Peu de temps après l'annonce de l'acquisition de Deadline Hollywood Daily par MMC (1) Nikki Finke est de nouveau en action avec grand style et un article à propos du patron de NBC Universal, Jeff Zucker, qui promet des changements à bord du navire NBC Uni. Des changements concernant non moins que le "cadeau qui continue à offrir" favori de Nikki, alias le co-président de NBC Entertainment et Universal Media Studios, Ben Silverman (http://www.deadlinehollywooddaily.com/exclusive-jeff-zucker-pledges-imminent-changes-and-implies-they-involve-ben-silverman/).

Ceci survient simultanément à des rumeurs selon lesquelles ce grand anglophile déclaré de Ben Silverman (2) quitterait NBC Universal pour diriger ITV (http://www.variety.com/article/VR1118005268.html?categoryid=14&cs=1) en remplacement du président exécutif du réseau britannique, Michael Grade - qui quittera son poste à la fin de l'année. En avril The Guardian publiait une première liste de candidats potentiels (http://www.guardian.co.uk/media/2009/apr/26/shareholders-itv-michael-grade-exit).

D'après une des sources de Nikki Finke l'arrivée de Silverman chez ITV serait une question d'argent mais, comme l'écrit Nikki: « Bien sûr, Ben s'amuse peut-être simplement à faire tourner les têtes. Et, comme il s'agit de NBCU, Silverman pourrait finir avec une promotion façon principe de Peter ». A propos des "Peters", Peter Fincham, le directeur de la télévision à ITV, est très actif en ce moment (http://www.guardian.co.uk/media/2009/jun/22/itv-autumn-season-advertisers-peter-fincham), et le réseau vient de donner un premier signe encourageant qu'ITV se concentre sur un "portefeuille" de séries dramatiques plus petit mais meilleur avec le renouvèlement de Lewis - après la suppression justifiée du couteux Primeval (3)

Promotion interne au sein de NBCU? Ou, si le départ de Ben Silverman pour le Royaume-Uni devait être confirmé, un poste important dans la compagnie d'Elisabeth Murdoch, Shine Group (Shine a acheté Reveille à Silverman) serait une autre option (4). C'est l'été de l'anglophilie chez NBC pour Silverman avec le lancement américain de Merlin - la première série britannique diffusée sur un grand réseau US depuis plus de trente ans (http://www.guardian.co.uk/media/2009/jun/06/bbc-merlin-nbc-british-us-tv) - et le début de The Philanthropist. La série, qui met en vedette James Purefoy et vient de commencer cette semaine, est produite par la compagnie britannique Carnival Films (Poirot) - achetée l'année dernière par NBC Universal. Mais The Philanthropist « pourrait être la pire série de tous les temps», écrit The Miami Herald (http://www.miamiherald.com/entertainment/story/1109772.html). Ouille!

Quoi qu'il en soit, gardez un oeil sur l'article de DHD à propos des changements à NBC, Nikki venant de publier une mise à jour et nous promettant d'autres développements.

(1) http://thierryattard.blogspot.com/2009/06/mmc-fait-lacquisition-de-deadline.html
(2) http://www.californiachronicle.com/articles/yb/131309964
(3) http://thierryattard.blogspot.com/2009/06/gardons-foi-en-itv.html + http://thierryattard.blogspot.com/2009/06/primeval-sous-la-terre-des-geants.html
(4) Mais il affirme qu'il reste "dévoué" à NBC Universal (http://www.nytimes.com/2009/05/17/business/media/17silver.html).