mercredi 16 avril 2008

(ASTRO)CROISIERE SURPRISE – PREMIERE EPOQUE ((T)RAUMSCHIFF SURPRISE - PERIODE 1)

22 juillet 2004, 17h35, l'armée américaine trouve dans le désert du Nevada un vaisseau spatial dont la technologie permet à l'humanité de coloniser la planète Mars. 2304, les descendants des colonisateurs, dirigés par le belliqueux Régulateur Rogul (Hans-Michael Rehberg) et son fidèle disciple, le sournois, asthmatique et inutilement cruel Jean Maul (Rick Kavanian), décident de conquérir la Terre.

Alors que la quasi-totalité de la flotte terrienne vient d'être détruite, le conseil présidé par la princesse Métapha (Anja Kling) n'a pour seul recours que d'envoyer un fax à l'équipage du seul vaisseau encore en état de marche : l'(Astro)Croisière Surprise, commandé par Gérard T. Kork (Christian Tramitz). Mais le peu vaillant capitaine et ses officiers, le vulcanette vulgaris Chpouk (Michael Herbig) et l'ingénieur Rouilly (Rick Kavanian !) n'en ont cure car ils préparent leur chorégraphie pour le concours de Miss Waïkiki (« Parce qu'on est belles et futées et bien faites...»)

« Faites route de suite vers la Terre et présentez vous devant le gouvernement.
- M'en fiche ! On s'entraîne pour le concours de Miss Waïkiki. On a nos priorités, n'est-ce pas Monsieur Chpouk » (Chpouk et le capitaine Kork)


DES GARCONS, UNE FILLE... QUATRE POSSIBILITES

Mars 2002, auréolé du triomphe de La chaussure de Manitou (Der Schuh des Manitu), le plus gros succès de toute l'histoire du cinéma allemand, le comédien, réalisateur, producteur et scénariste Michael « Bully » Herbig soumet via Internet au vote du public de son émission de télévision Bullyparade (diffusée sur la chaîne ProSieben) le sujet de son très attendu prochain film.

Les téléspectateurs doivent choisir entre quatre possibilités : La chaussure de Manitou 2, Sissi (une des cibles préférées de l'émission), Unser Traumschiff (parodie gay de Star Trek) et Un film dont personne n'attend rien. Trois mois après, c'est au cours du talk-show TV Total, présenté par le très populaire comique et musicien Stefan Raab, que sont dévoilés en présence du Mel Brooks germanique les résultats de ce vote.

Plus d'un million d'internautes se sont prononcés et c'est Unser Traumschiff qui l'emporte avec 34% des votes (contre 31% pour Manitou 2). C'est ainsi que le capitaine Kork, l'ingénieur Rouilly et l'improbable vulcanette Chpouk (prénom : Brigitte !) quittent le petit écran pour le grand.

« Je suis une vulcanette vulgaris qui peut vivre jusqu'à 400 ans. Comme les tortues des Galapagos ! Et t'es quoi ?
- Je suis le capitaine !
- Ha ! C'est parce que tu as couché ! » (Chpouk et Kork)


DER WELTRAUM, UNENDLICHE WEITEN...

Afin de mettre en place (Astro)Croisière Surprise - Première époque ((T)Raumschiff Surprise - Periode 1) (1), cette épopée spatiale très spéciale, herbX Film (la société de Michael Herbig), s'associe de nouveau avec la major Constantin Films pour un budget estimé de 9 millions d'euros. Producteur et acteur, Bully, retourne derrière la caméra comme réalisateur et co-signe le scénario avec Alfons Biedermann et son complice de toujours, le drôlissime Rick Kavanian.

Ils donnent à Kork, Rouilly et Chpouk de nouveaux collègues de travail comme l'imposant et grognon Tube, l'officier médical (Kavanian, qui grâce à la science du maquillage joue trois rôles dans le film), Fraulein Bora-Bora, la plantureuse officier des communications afro-américaine amoureuse de Chpouk (Stacia Widmer) ou bien Monsieur Navi, le navigateur qui ne parle que cantonais (Maverick Queck).

Mais il n'y a pas d'épopée sans héros épique. Si la princesse Métapha devait compter sur nos trois Stooges de l'espace, Rogul et son ricanant serviteur ne feraient de la Terre qu'une bouchée. C'est la superstar allemande « testée à Hollywood » (Dixit le dvd bonus d’ (Astro)Croisière) Til Schweiger qui ose aller là où nulle superstar bien portante n'est allée auparavant, dans le rôle de Rock Prêt-Partez (« Je suis Til Schweiger et je gagne ma vie comme acteur. Ca rapporte peu mais assez pour deux semaines de vacances au Club chaque année »), le chauffeur de taxi de l'espace !

Le tournage marathon de 3 mois, entre avril et juin 2003 se déroule en République tchèque, en Espagne et en Allemagne. Le reste du temps avant la sortie du film le 22 juillet 2004 étant consacré entre autres choses aux nombreux effets spéciaux.

DU BON USAGE DU SOFA TEMPOREL

Pour empêcher Jean Maul et ses troupes d'arriver à leurs fins, la princesse, nos héros involontaires et le héros certifié conforme, doivent remonter jusqu'en 2004 à l'aide d'un sofa temporel et détruire le vaisseau spatial échoué dans le Nevada avec un laser de l'armée suisse. Mais les choses ne se passent pas comme prévues : Rouilly est capturé par les soldats ennemis dans la salle du conseil tandis que Métapha, Rock, Kork et Chpouk se retrouvent au Moyen-âge.

C'est à ce moment que Sky du Mont, gentleman du cinéma allemand et interprète de Santa Maria dans La chaussure de Manitou, revient sous les traits et avec le long nez de William le Dernier, comte de Stockoption dans une performance digne de John Cleese période Monty Python. Voir la scène du diner ou le comte tente de charmer la princesse Métapha.

« Vous êtes marié ?
- J'étais.
- Où est votre femme ?
- Pendue dehors.
- Vous l'avez fait pendre dehors ? Pourquoi ?
- Ici il n'y avait pas de crochet. » (Métapha et William le Dernier)

Et c'est encore aux Python dans Sacré Graal que l'on songe lorsque le conseiller de William (Christoph Maria Herbst, très Eric Idle) annonce un forfait au tournoi de chevalerie :

« Le fils cadet de Sir Firmin-Winston Fattenberry de West Faicuicui-Minster-Château-Chatwood, 3ème comte de Yorkshire-Forrest-Wooden-Lakester-Pettingham, Sir Richard Carjacking, ne peut participer au tournoi.
-Oooh !
- Eh oui, la peste... »

LA CHAUSSURE DE MANITOU 10 MINUTES AVANT

La grande intelligence de Michael Herbig réside dans le fait que tout comme Manitou n'était pas une simple version gonflée Super 35 mm des sketches de Bullyparade, (Astro)Croisière ne l'est pas non plus. D'ailleurs les parodies des standards de la science-fiction (Star Wars, Star Trek, 2001, l'odyssée de l'espace, Minority Report, Le Cinquième élément...) ne représentent qu'un quart du film.

« Il y a trente ans vint un bébé abandonné, sans chaussettes et sans chaussures. C'était toi ce bébé bien sur.
- Je ne vous suis pas très bien, mon Régulateur.
- Je suis... ton père ! » (Rogul et Jean-Maul)

Le capitaine Kork et son premier officier vulcanette s'effacent en fait la plupart du temps au profit des autres personnages, comme la princesse Métapha et Rock Prêt-Partez. Et lorsque que le binôme revient au tout premier plan, c'est pour se retrouver avec ses nouveaux amis dans l'Ouest sauvage face à l'infâme Santa Maria de La chaussure de Manitou. Dix minutes avant qu'il ne tente de fourguer une façade de saloon à Abahachi et Ranger.

Et Sky du Mont s'en donne à cœur joie dans le costume noir désormais familier du vil tueur businessman qui fait sa propre publicité. Cette fois il vend des couvertures contre le rhumatisme (« Doudou dodo ») à un club de vieilles dames pendant que John, un de ses hommes de main, affronte Kork et Brigitte Chpouk en duel.

RECULER L'IMPOSSIBLE AVEC DE LA CREME DE FROMAGE

L'(Astro)Croisière amuse avec ses moments d'anthologie comme cette poursuite délirante entre Rock Prêt-Partez (réplique phare : « Ensalada Mista, Baby ! ») à cheval et Jean Maul sur sa « Mob du temps », un vélomoteur qui voyage dans le temps, tel un sofa. Les héros involontaires ou non sauvent le monde et le sensible Chpouk le change en vendant la recette de sa crème de fromage (le met favori de l'équipage du Surprise) à une chaîne de restauration rapide grâce à un paradoxe temporel.

Avec son troisième film, après Erkan & Stefan et Manitou, Michael « Bully » Herbig va encore plus loin dans l'exploration de son univers comique et prouve qu'il est un réalisateur capable de maîtriser la gestion d'une production énorme tout en faisant preuve d'une dévotion sincère pour le 7ème art et d'un grand sens artistique. Il flirte même parfois avec la poésie, comme l'atteste la comptine qui ouvre le film, interprétée par la jeune Paulina Jones :

« La vie est si triste
Sans personne à aimer
L'amour est rare
Et je ne veux pas le manquer »

La bande originale du film est signée par Ralf Wengenmayr (La chaussure de Manitou), lequel prend un malin plaisir à se payer une certaine marche très connue sur un formidable gag récurrent (au début d’une scène le thème de Rogul est interprété par le chœur de ses conseillers, qu’il interrompt d’un geste de la main. Plus tard il le joue lui même à l’orgue !) et rend un hommage appuyé au thème de Fantômas composé par Michel Magne. Stefan Raab signe et produit les chansons, dont le générique final, Space Taxi, véritable carton en Allemagne.

Tout ce que touche Michael Herbig devenant aussitôt phénomène de société chez nos voisins germanophones, (Astro)Croisière Surprise - Première époque a fait l'objet d'un raz-de-marée sans précédent de produits dérivés depuis le fameux laser de l'armée suisse jusqu'aux pyjamas pour bébés en passant par les deux albums de la B.O. Le film lui-même a rapporté plus de 49 millions d'euros et inutile de dire que le prochain opus du maître est espéré avec la plus vive impatience.

Herbig dit qu'il souhaite explorer d'autres territoires que l'humour et c'est sans doute vrai. Même si Jean Maul, déguisé en vendeur de colliers de fleurs, rumine sa vengeance pendant que le trio vedette du vaisseau Surprise savoure enfin le concours de Miss Waïkiki (« Tu peux compter sur moi, Papounet ! »)

« Je suis Hermes, messager des Dieux. Tschüs ! »(Rouilly)

(1) (T)raumschiff Surprise - Periode 1 n’ayant pas été distribué en France nous avons choisi d’adapter le titre ainsi que les noms des personnages et les extraits de dialogues cités dans cet article pour permettre aux lecteurs ne comprenant pas l’allemand d’avoir une idée aussi précise que possible de l’humour de Michael Herbig.

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